Cette enquête menée auprès d’un échantillon de plus de 10 000 personnes, souligne un chiffre global impressionnant de 3,1 millions de personnes en situation d’illettrisme, soit 9 % de la population âgée de 18 à 65 ans (40 millions). « S’agissant de la mesure de l’illettrisme, qui, rappelons-le, qualifie la situation des personnes qui ont été scolarisées en France mais ne maîtrisent pas la lecture, l’écriture, le calcul, les compétences de base pour être autonomes dans des situations simples de la vie quotidienne, l’exploitation de l’enquête a porté sur ceux qui ont déclaré avoir été scolarisés en France, soit 90% des personnes interrogées. »

Les constats :

On pense très souvent, à tord, que l’illettrisme frappe surtout les jeunes générations. Certes 4,5% des jeunes de 18 à 25 ans sont confrontés à l’illettrisme alors que pour eux la fin de la scolarité obligatoire est encore très proche, mais ce phénomène s’accentue avec l’âge. En 2005, seulement 4,3% des jeunes de moins de 18 ans étaient en situation d’illettrisme, en 2006 ce taux passe à 4,8% (Loiret : 4,1%, 4,2%).

Les hommes (11%) sont plus souvent en situation d’illettrisme que les femmes (8%).

L’illettrisme et la géographie : La moitié des personnes en situation d’illettrisme soit environ 1,5 million, vit dans les zones rurales ou faiblement peuplés, l’autre moitié vit en zone urbaine. Seulement 10% des 3.100.000 personnes illettrées vivent dans les Zones Urbaines Sensibles. Dans ces zones le taux d’illettrisme est de 18%, soit le double de la moyenne nationale.

Tous les illettrés ne sont pas des exclus : Près de la moitié des personnes en situation d’illettrisme a un emploi : Plus de 1,8 million de personnes occupant un emploi sont en situation d’illettrisme, mais 26 % des allocataires du RMI sont en situation d’illettrisme.

L’illettrisme et la langue maternelle : 74 % des personnes en situation d’illettrisme parlaient uniquement le français à la maison à l’âge de 5 ans.

Jean-Pierre Jaffré, chercheur dans l’équipe Litéracie, tente d’identifier les multiples causes de l'illettrisme : Tout d’abord il peut être pathologique, ce qui est le cas dans toutes les sociétés, mais pour une faible part (approximativement entre 4 à 6 % de dyslexiques et de dysorthographiques). Viennent ensuite des causes plus complexes et en même temps plus difficiles à évaluer (familiales, sociologiques, rejet du système scolaire, etc.). Dans ce domaine, il faut en tout cas se méfier des discours catastrophistes. J'ai bien du mal à croire en effet qu'il existe aujourd'hui plus d'illettrés qu'hier. Il se trouve seulement qu'on les remarque davantage parce que la demande générale d'instruction est désormais plus forte. Autrefois, dans les villages, les enfants en difficulté scolaire devenaient paysans ou exerçaient des métiers manuels pour lesquels le besoin de lire et d'écrire était limité.

On a donc l'illusion d'une augmentation de l'illettrisme, alors qu'il est probablement moindre aujourd'hui. Le paradoxe, c'est que ce sont les mêmes personnes, appartenant le plus souvent à l'élite sociale, qui se plaignent des dégâts de l'illettrisme et qui refusent de simplifier l'orthographe !

Face aux situations d’illettrisme, la France pourrait aussi s’engager autour de la réalisation d’un projet global afin de mutualiser les meilleures pratiques et de développer des actions nouvelles, pour lutter contre ce fléau.


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