Jeter l’argent par les fenêtres
Par Pierre Chauveau, jeudi 7 juin 2007 à 22:59 :: Débats d'actualité :: #538 :: rss
Tous les foyers détenteurs d'un crédit immobilier pour l'acquisition de leur résidence principale pourront retrancher, pendant cinq ans, 20 % des intérêts d'emprunt de leur impôt sur le revenu, à concurrence de 1.500 euros par an. Les 16 millions de foyers fiscaux non imposables (sur 35 millions) recevront, eux, un chèque du Trésor public.
Compte tenu du double plafond, l'avantage sera maximal pour les ménages remboursant 7.500 euros d'intérêts par an, ce qui correspond peu ou prou, pour les premières années de remboursement, au plan d'amortissement d'un emprunt de 200.000 euros à 4 % sur vingt ans. C'est un peu plus que le montant moyen emprunté : selon le courtier en ligne Empruntis, le montant moyen des crédits immobiliers était de 142.000 euros en 2006, sur près de vingt ans et à un taux de 4 %.
Pendant la campagne électorale, Nicolas Sarkozy avait indiqué qu'il plafonnerait cette exonération des intérêts d'emprunt. Selon l'Observatoire de l'épargne européenne (OEE), les intérêts d'emprunt payés par les ménages représentaient en effet 2 % de leur revenu disponible brut en 2005, soit 22 milliards d'euros. " Les intérêts seront déductibles à partir du jour où la loi sera votée ", a indiqué Nicolas Sarkozy au Havre le 29 mai. Les contribuables pourront faire jouer cet avantage fiscal sur l'impôt qu'ils acquitteront l'an prochain sur leurs revenus 2007. La mesure sera plus intéressante plus onéreuse aussi que celle à laquelle Alain Juppé avait mis fin en 1996. Les propriétaires pouvaient alors diminuer leur impôt à hauteur du quart des intérêts versés, ceux-ci étant pris en compte dans la limite de 2.283 euros.
Si 5,27 millions de ménages reçoivent en moyenne 1136 € de crédit d'impôt par an (montant du crédit moyen 142.000 € * taux d'intérêt 4% * 20%) cette mesure va coûter à l'Etat 6 milliards l'année prochaine. La facture pourrait grimper avec la hausse des taux d’intérêt et de l'effet d'aubaine. Les acquéreurs auront tout avantage à emprunter de façon optimum pour défiscaliser et placer leurs liquidités en assurance-vie, comme le font déjà les Hollandais qui disposent de ce type de mesure.
Reste à savoir, toutefois, si cet avantage fiscal, destiné à créer " une France de propriétaires ", sera de nature à déclencher un acte d'acquisition, compte tenu des montants en jeu et de l’augmentation des prix de l’immobilier que cette mesure va générer. Au total, 15 millions de Français sont aujourd'hui propriétaires (ou en voie d'accession) de leur résidence principale, soit un taux de 56,7 %. Si ce taux a progressé de quatre points en vingt ans, la France se situe encore dans le bas du classement européen : 42 % des Allemands sont propriétaires de leur logement, mais ils sont 84 % en Espagne et 71 % en Grande-Bretagne. L'encours d'endettement des ménages au titre du crédit habitat a augmenté de près de 40 % par rapport à 2002. Malgré tout, l'encours global d'endettement (immobilier et consommation) en France reste " dans la partie basse du classement en Europe ", note l'OEE, très loin derrière les Pays-Bas, le Royaume-Uni ou même l'Allemagne. Source : Les Echos
Ce n’est pas en supprimant 5.000 fonctionnaires par an que l’Etat financera cette mesure, à laquelle il ne faut pas oublier d’ajouter « l’usine à gaz » des heures supplémentaires et la réduction des droits de succession ou de l’ISF...
Au XVIe siècle, on donnait aux mendiants en leur lançant l’argent par la fenêtre. L’expression « jeter l’argent par les fenêtres » qui signifie que l’on gaspille de l’argent sans compter a perduré. Aujourd’hui, on continue mais au profit des plus fortunés !
![[T]](http://static.technorati.com/pix/icn-talkbubble.gif)
Commentaires
1. Le vendredi 8 juin 2007 à 10:39, par Horza
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.