Le message à l'adresse des Français est simple : donnez au nouveau président une large assise parlementaire lui permettant de mener bien et vite les réformes promises. Le lien entre forte majorité et majorité active paraît, en effet, à première vue, logique. Mais la politique jouant parfois des tours malicieux, il n'est pas inutile de vérifier dans l'Histoire de France contemporaine si ce lien est bien établi.

Le premier exemple est celui de la Chambre « bleu horizon » de 1919. Elle doit son nom à la couleur de l'uniforme des Poilus de la Grande Guerre et vit arriver une majorité écrasante de députés de droite rassemblés en un « bloc national ». A l'époque, c'est la Chambre qui élisait le président. Elle s'empressa de rejeter la candidature de Clémenceau qu'elle jugeait trop autoritaire. Tiens, tiens... A la tête du gouvernement, elle porta un homme, Alexandre Millerand, qui évita soigneusement de se trouver en situation d'otage de la droite et constitua une équipe penchant nettement vers le centre. Tiens, tiens... Au total, cette Chambre élue dans l'émotion de l'Armistice ne réalisa pas grand-chose si bien que cinq ans plus tard, c'est le Cartel des gauches qui lui succéda.

Le deuxième cas de majorité écrasante est, bien sûr, celui de juin 1968. Traumatisés par les désordres du mois de mai, les Français semblaient aspirer à une ligne ferme. Cependant, moins d'un an plus tard, ils poussèrent le général de Gaulle vers la sortie. Le troisième cas de large majorité, mais cette fois à gauche, se réalisa en juin 1981. La séquence est instructive car la nouvelle majorité mena tambours battants une politique conforme à ses engagements électoraux mais qui s'avéra rapidement très excessive à beaucoup d'égards. Les divisions ne tardèrent pas à s'installer en son sein, le cap économique et social fut nettement corrigé après moins de deux ans et la bataille électorale suivante fut... perdue !

A l'inverse de ces exemples de larges majorités, on peut citer ceux de 1958, où le parti du président n'eut pas la majorité à lui seul, et de 1988, où le gouvernement de Michel Rocard dut composer avec le centre dans une Assemblée où la gauche n'avait pas la majorité absolue. Or ces deux gouvernements furent parmi les plus réformateurs de la Ve République.

Ces comparaisons suggèrent l'idée que l'on construit d'autant mieux que l'on est obligé de se battre pour faire prévaloir ses projets alors qu'une majorité écrasante peut avoir un effet émollient. Idée évidemment confirmée par les périodes de cohabitation de 1986, 1993 et 1997 où les gouvernements respectifs furent activement réformateurs malgré l'hostilité du président en place ou, peut-être, grâce à elle. L'histoire se répétera-t-elle ? Réponse dans l'année qui vient. Source : Les Echos

Entre les déçus et les fatalistes, le "à quoi bon voter ?" va faire beaucoup de dégâts. La Ve République, sous sa forme actuelle, n’a rien à y gagner. Alors, en attendant, chacun peut voter suivant ses convictions.

Dès lors, si les législatives ne sont qu'une prolongation de la présidentielle, à laquelle elles sont jumelées, pourquoi ne pas les tenir le même jour ?
Petit rappel en passant, c'est Lionel Jospin qui a voulu l'inversion du calendrier électoral...


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