Le tandem Sarkozy, Fillon
Par Pierre Chauveau, vendredi 18 mai 2007 à 09:19 :: Débats d'actualité :: #512 :: rss
Le gouvernement Fillon, présenté ce matin, devrait refléter les promesses de campagne de Nicolas Sarkozy. Les arbitrages auront été difficiles : le respect de la parité, le nombre restreint de ministres et les équilibres entre les différentes sensibilités ont nécessité des ajustements jusqu'à la dernière minute.
Le président avait averti qu’il y aurait des déçus parmi ses proches. Il aurait ainsi déclaré : « la fidélité c’est pour les sentiments, l’efficacité c’est pour le gouvernement. »
Le but affiché de Nicolas Sarkozy n'est alors plus de former un pur "gouvernement UMP", mais de tenter un rassemblement plus large de l'échiquier politique.
Pour paraphraser Voltaire, il a retenu que « le meilleur gouvernement est celui où il y a le moins d'hommes inutiles » !
Des ministères retaillés
La première marque du gouvernement de François Fillon sera dans les intitulés des ministères. Le ministère l'économie, des finances et de l'emploi comprend la direction du travail, qui s'occupe des relations sociales et du droit du travail. Mais il n’intègre pas l'industrie, qui fait partie du ministère d'Etat de l'écologie, du développement et de l'aménagement durable, dévolu à Alain Juppé. Plusieurs secrétariats d'Etat pourraient être attachés à ce grand ministère, notamment un secrétariat d'Etat aux transports. Le nouveau ministère de l'immigration et de l'identité nationale voit ses compétences s'étendre à la coopération, au codéveloppement, à la gestion et au contrôle des flux migratoires.
Ouverture à gauche et au centre
La principale surprise de ce gouvernement reste Bernard Kouchner. Socialiste atypique, il a fait partie de l'équipe du Pacte présidentiel de Ségolène Royal et, même s'il s'est peu affiché avec la candidate socialiste, il n'avait pas ménagé ses critiques contre Nicolas Sarkozy. Difficile de savoir quelle sera sa marge de manœuvre au Quai d'Orsay, Nicolas Sarkozy ayant annoncé qu'il serait lui-même très investi sur la question des relations internationales. Jean-Pierre Jouyet, patron de l'inspection générale des finances et, surtout, proche du couple Hollande-Royal, devient secrétaire d'Etat aux affaires européennes. L'ancien secrétaire national à l'économie du Parti socialiste, Eric Besson, devient secrétaire d'Etat à la prospective et évaluation des politiques publiques, auprès du premier ministre. Enfin, Hervé Morin, président du groupe UDF à l'Assemblée nationale, est le seul centriste au gouvernement, avec le portefeuille de la défense.
Les exclus
Beaucoup de "poids lourds" du gouvernement Villepin ne retrouvent pas de ministère. En mauvaise posture, Dominique Perben annonce vouloir se consacrer à la préparation des municipales à Lyon.
Philippe Douste-Blazy, Thierry Breton, Pascal Clément, Gilles de Robien, Renaud Dutreil, Gérard Larcher ou encore Renaud Donnedieu de Vabres quittent l'exécutif. Et Christian Estrosi devra batailler ferme avec Jean-François Copé pour conquérir la présidence du groupe UMP à l'Assemblée nationale.
Parmi les fidèles, Patrick Devedjian devrait se contenter de la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine. Très déçu, il se dit d’accord « pour aller très loin dans l’ouverture (...), très loin, y compris jusqu’aux ’sarkozystes’! ». Et d’ajouter que, selon lui, « la fidélité n’est pas nécessairement le contraire de la compétence ».
De quoi mettre à mal « l'unité de la majorité », que Nicolas Sarkozy « tient absolument à préserver » ?
Les Français, qui ont voté majoritairement pour Nicolas Sarkozy, le 6 mai, ne comprennent pas plus cette ouverture. La "démarche de rassemblement", qui avait été l'une des propositions de François Bayrou, avant les élections, constituait alors un "risque pour la démocratie". "Ce qui est vérité avant les élections ne l'est plus après" !
Ils ont souhaité par leur vote une bipolarisation du système et le président élu ratisse large, pour faire évoluer les choses en France il a besoin de compétences et surtout d’une assez grande adhésion à son projet.
Elu avec 82% des suffrages en 2002, Jacques Chirac s’était refusé à pratiquer l’ouverture pour préserver l’unité de sa majorité, mais au détriment des réformes… En faisant sienne la formule de Léon Gambetta : « pour gouverner les Français, il faut des paroles violentes et des actes modérés », il les a ainsi détourné de la politique en renforçant le "tous pourris".
Il sera plus difficile de faire "tourner" une équipe politique hétérogène, ne défendant pas forcément les mêmes valeurs. La philosophie de l'action prônée par Nicolas Sarkozy pourrait se voir ainsi remise en cause. En revanche, c’est le prix à payer pour exécuter son projet.
« Courage Fillon ! » Encore deux ans à tenir, entre une majorité UMP déçue par l’ouverture et les conseillers de l’Elysée omniprésents qui imposeront la volonté du président. Mais, il faudra mettre en musique le projet de Nicolas Sarkozy et obtenir des « résultats », terme constamment répété par le nouveau chef de l'Etat…
En revanche, la volonté d'agir vite risque d'être entravée jusqu'aux législatives. La majorité des membres du gouvernement partent en campagne électorale et ils ne peuvent se lancer immédiatement dans des réformes souvent impopulaires.
Le nouveau Gouvernement
Premier ministre: François Fillon, UMP, 53 ans.
Ministre d'Etat, ministre de l'écologie, du développement et de l'aménagement durable: Alain Juppé, UMP, 61 ans.
Ministre de l'économie, des finances et de l'emploi: Jean-Louis Borloo, Parti radical, 56 ans.
Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités locales: Michèle Alliot-Marie, UMP, 60 ans.
Ministre des affaires étrangères et européennes: Bernard Kouchner, Parti socialiste, 67 ans.
Ministre de l’immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement: Brice Hortefeux, UMP, 49 ans.
Ministre de la justice: Rachida Dati, UMP, 41 ans.
Ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité: Xavier Bertrand, UMP, 42 ans.
Ministre de l'éducation nationale: Xavier Darcos, UMP, 59 ans.
Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche: Valérie Pecresse, UMP, 39 ans.
Ministre de la défense: Hervé Morin, UDF-majorité présidentielle, 45 ans.
Ministre de la santé, de la jeunesse et des sports: Roselyne Bachelot, UMP, 60 ans.
Ministre du logement et de la ville: Christine Boutin, UMP, 63 ans.
Ministre de l'agriculture et de la pêche: Christine Lagarde, 51 ans.
Ministre de la culture et de la communication, porte-parole du gouvernement: Christine Albanel, 51 ans.
Ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique: Eric Woerth, UMP, 51 ans.
Secrétaire d'Etat chargé des relations avec le parlement, auprès du premier ministre: Roger Karoutchi, UMP, 55 ans.
Secrétaire d'Etat à la prospective et évaluation des politiques publiques, auprès du premier ministre: Eric Besson, ex-PS, 49 ans.
Secrétaire d'Etat aux transports, auprès du ministre de l'écologie, du développement et de l'aménagement durable: Dominique Bussereau, UMP, 54 ans.
Secrétaire d'Etat aux affaires européennes, auprès du ministre des affaires étrangères et européennes: Jean-Pierre Jouyet, 53 ans.
Hors gouvernement: Martin Hirsch, 43 ans, président d'Emmaüs-France, est nommé Haut commissaire aux solidarités actives contre les pauvretés.
Autre rupture, seuls Valérie Pécresse et Alain Juppé proviennent de l’ENA.
Le gouvernement Fillon a le vent en poupe, selon un sondage
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