Durant sa campagne Nicolas Sarkozy a dragué les électeurs du Front national afin de le laminer. « Identité nationale », « prédétermination des pédophiles », « héritage de Mai 68 qu’il faut liquider » sont des signaux forts faciles à reconnaître par le moins politisé des électeurs. Avec ce chiffon rouge, il a éliminé ses adversaires politiques et conquit la frange la plus réactionnaire de son électorat, qui s’imagine, avec les ultralibéraux, que leur candidat, devenu président, va appliquer son programme à la lettre. Eux seuls, ainsi que la gauche, le préjugent. Ça fait déjà beaucoup de monde !

Certes, une fois élu et les législatives gagnées, Sarkozy s’appliquera à faire voter quelques lois symboliques qui combleront son électorat. Sarkozy sera juste un peu plus nationaliste et libéral que Ségolène Royal. Parce qu’il est devenu président, donc plus pragmatique que le candidat, il ne veut pas avoir à gérer des banlieues qui brûlent et un mouvement social très dur. Pour parvenir au pouvoir il a semé la tempête, sauf à méconnaître totalement l’histoire de ce pays, il a tout intérêt à ne pas trop le brusquer.

Très vite, il va lui falloir gouverner un peuple qui, pour moitié, lui est farouchement hostile et qui, pour l’autre, sera déçue, car elle ne se retrouvera pas dans les actions de son nouveau président de la République. Pratiquement débutera le pilotage à vue, les sondages dans une main, les rapports des lobbies de l’autre !

La marge de manœuvre sociale et politique du futur président sera de toutes les façons réduite, comme sa marge budgétaire. Il se pourrait même que les Français, qui ne sont plus à une contradiction près, choisissent d’élire une Assemblée socialo centriste ?

Après cinq années d’immobilisme avec Chirac, la ligne est toute tracée…

Pour que la France avance, de grâce, que le camp vainqueur évite arrogance et intolérance. Et que le vaincu ne tombe pas dans les règlements de compte, mais dans la reconstruction. La démocratie a tout à y gagner. Pour les grandes réformes, la France devra encore attendre un peu...

En attendant, l’ambiance est déjà à la fête du côté de l’UMP. Une "grande fête populaire" et un concert vont être organisés ce soir à Paris, au bas des Champs-Elysées. Des équipes s’activent depuis la fin d’après-midi pour dresser une tribune et accueillir les musiciens et chanteurs qui ont soutenu Nicolas Sarkozy.


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