Les Etats-Unis face au réchauffement climatique
Par Pierre Chauveau, mercredi 2 mai 2007 à 00:00 :: Environnement :: #478 :: rss
Premier pays émetteur de gaz à effet de serre dans le monde, les Etats-Unis ont renoncé à remettre en cause la réalité du réchauffement climatique. Ils continuent cependant à douter de l'efficacité des mesures réclamées par des experts pour ralentir la tendance.
Longtemps, l'administration Bush a rejeté les rapports sur le phénomène et sur le rôle de l'activité humaine. Cette position appartient désormais au passé, grâce à la pression des experts internationaux, de l'opinion publique, de la nouvelle majorité démocrate au Congrès et même de la Cour suprême.
Début avril, les Etats-Unis ont entériné le diagnostic alarmant sur le réchauffement et ses conséquences potentielles contenu dans le rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec), réuni cette semaine à Bangkok pour évaluer les mesures à prendre. Le président George W. Bush, critiqué à travers le monde pour son refus de ratifier le protocole de Kyoto en 2001, répète désormais qu'il prend le réchauffement climatique "très au sérieux", sans pour autant accepter de mesures autres qu'incitatives, notamment en faveur des biocarburants.
Au Congrès, l'ancien vice-président Al Gore, héraut de la cause, a été accueilli en triomphe. Les auditions sur le sujet se multiplient et une proposition de loi a été annoncée pour cet été, mais les parlementaires peinent à décider quelles mesures prendre.
Aujourd’hui, les Etats-Unis sont responsables de plus de 25% des émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) - le principal gaz à effet de serre - et seuls certains Etats, comme la Californie, ont pris des initiatives pour réduire cette pollution. M. Bush refuse toute mesure susceptible de nuire à la croissance économique américaine et à l'emploi, faisant valoir que seule la prospérité permettra de faire face aux conséquences du réchauffement et de financer le passage aux technologies plus propres, qui sont également plus chères. Surtout, l'administration estime que toute initiative locale restera inutile tant que l'Inde et surtout la Chine, deuxième gros pollueur mondial, ne seront pas tenues de réduire elles aussi leurs émissions.
Dans le communiqué final du sommet Etats-Unis/Union européenne qui s'est tenu lundi à Washington, les dirigeants ont admis la nécessité d'une "action urgente". Mais ils ne sont pas parvenus à s'entendre sur les quotas d'émissions de gaz que défend l'UE et que rejette l'administration Bush. Pourtant, interrogés dans un sondage New York Times/CBS News publié vendredi, les Américains se sont déclarés opposés à la priorité de l'économie sur l'environnement. Quelque 52% des personnes interrogées pensent que l'environnement doit passer en premier, contre 36% pour l'économie. Et au royaume des grosses cylindrées, 92% des habitants sont d'accord pour obliger les constructeurs automobiles à produire des voitures moins gourmandes en essence.
Un rapport remis à la mi-avril par des officiers à la retraite a cependant donné un argument supplémentaire aux partisans de mesures vigoureuses: le réchauffement climatique, qui risque d'augmenter les tensions au niveau mondial, représente une menace pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Migrations de masse, tensions aux frontières, conflits pour l'accès à l'eau ou à la nourriture... L'armée américaine sera confrontée à une demande accrue d'opérations de secours et d'évacuation, voire d'interventions militaires, ont assuré ces experts.
Aux Etats-Unis, une chose est sure George W. Bush quittera la Maison Blanche en 2008 et le réchauffement climatique sera enfin considéré comme une priorité. Chez nous, il faudra peut être attendre 2012.
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