Les enjeux économiques et sociaux

Tombée à 1,6 % dans les années 1990 après avoir été de quelque 3 % dans les années 1970, la croissance française reste la plus faible de l'Union européenne, elle semble buter sur un plafond de 2 %. En revanche, si le taux de croissance s’établissait durablement à 2,5% dans les 5 ans qui viennent, le taux de chômage retomberait à 6% à la fin du mandat présidentiel, ce serait donc une chance pour le président qui sera élu dimanche !

La principale faiblesse de l'économie française est sans doute son absence de politique industrielle. Si l'on observe bien la spécialisation des Etats-Unis dans le secteur des nouvelles technologies, du Royaume-Uni dans le secteur des services financiers, de l'Allemagne dans celui de l’industrie lourde des biens d'équipement, on a du mal à observer quel serait le domaine de spécialisation de l'économie française.

Dans notre vieille Europe, la France reste le pays qui réussi le moins bien à équilibrer les loisirs et le revenu net, la cause ne doit pas être recherchée dans la mise en place des 35 heures mais surtout dans le manque de dialogue social facteur de stagnation. « La France en mal d’Image », hors de nos frontières, doit défendre sa position de second bénéficiaire des investissements étrangers en Europe occidentale. Toutefois, elle souffre d’une image négative dans la perception des décideurs qui préfèrent le Royaume Uni et l’Allemagne. Les avantages traditionnels Français (infrastructures, qualification de la main d’œuvre, productivité, qualité de vie…) se banalisent alors que ses handicaps sur les critères de flexibilité du travail s’accentuent au profit de ses concurrents. Le Forum économique mondial de Davos place la France au 99e rang des 125 pays étudiés pour l’efficacité de son marché du travail.



Globalement, l'évolution du marché du travail français va être marquée par une "bipolarisation", avec d'un côté des emplois très qualifiés, et, de l'autre, des emplois peu qualifiés. Selon la présidente du CAS Sophie Boissard, dans un entretien au journal Le Monde : "650.000 nouveaux métiers environ concerneront les cadres et 450.000 des emplois peu qualifiés" d’ici 2015. Pour autant, toujours selon l'étude du CAS : "il n'y pas de lien mécanique, à moyen ou long terme, entre le volume de la population active et le taux de chômage". Autrement, dit un fort taux de chômage pourrait persister du fait d'une inadéquation entre l'offre et la demande de travail. Les tensions sur le marché du travail devraient en inciter certaines filières «à développer leurs propres politiques de formation et de fidélisation de la main d'œuvre», notamment pour parer au manque attendu de débutants diplômés, estime le CAS. Des efforts devront être faits «pour éviter la fuite des salariés», en particulier pour «améliorer l'attractivité des métiers peu qualifiés».

Notre système éducatif est désastreux. Avec 7 % du PIB, il coûte 1,5 point de plus que la moyenne des pays de l'OCDE. Pourtant, 44 % des étudiants partent sans diplôme de l'université. Il faut redonner des moyens à l'enseignement supérieur, à condition qu'il se réforme. Car les hautes qualifications ne représentent que 15 % de notre main-d'oeuvre, contre plus de 25 % aux USA, c'est une faiblesse.

Concernant la recherche, nous n'avons pas la culture des petites entreprises high tech comme peut l'avoir la Silicon valley. Il nous faut créer des liens entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée. Ce qui implique des établissements universitaires forts et autonomes et une culture plus entrepreneuriale dans le domaine des savoirs.

Des solutions

Aujourd’hui, les candidats se perdent encore dans un inventaire à la Prévert de mesures "conjoncturelles" afin de prendre les voix de diverses catégories sociales quitte à céder à une surenchère démagogique.

Pour que la France rattrape le niveau d'éducation supérieure des Etats-Unis, il en coûterait près de 30 milliards d'euros. Mais elle bénéficierait de un point de croissance additionnel au bout de cinq ans. Ce regain amènerait des recettes supplémentaires, et la mesure s'autofinancerait au bout de dix ans. La deuxième réforme apporterait aussi un gain de croissance de un point en cinq ans, autofinancé en sept ou huit ans.
La libéralisation des services conjointe avec la libéralisation du marché du travail apporterait aussi un gain de croissance de un point en cinq ans, autofinancé en sept ou huit ans.

Dés lors la réduction de la dette pourrait commencer. La vraie question n'est pas de tailler dans les effectifs de la fonction publique, mais d'inculquer une culture de l'évaluation à la sphère publique. Les citoyens attendent de l'Etat qu'il soit efficace et solvable. L'endettement public est une source d'inquiétude pour les individus, qui ont tendance à y voir une sorte de révélateur de leurs propres difficultés. Ils épargnent beaucoup. Le tout alimentant le besoin de sécurité étouffant de la société française.

Ces réformes structurelles sont efficaces pour combler le retard de croissance. Mais il ne faut pas en attendre d'effet bénéfique immédiat, et leur "paiement en retour" n'interviendra qu'au-delà d’un quinquennat…

Il est tout aussi illusoire de promettre une baisse des prélèvements obligatoires durant ces cinq ans, comme le fait Nicolas Sarkozy. Les vrais leviers de croissance sont des réformes structurelles connues, évaluées et hiérarchisées.

Comment ?

Le risque de dégradation du climat social, engendré par de telles mesures, constitue un écueil qu’il ne faut pas négliger. La méthode Juppé en 1995 et le passage en force du CPE en 2006 ont notoirement échoués. Pour réformer, sans réduire la confiance entre les partenaires sociaux il convient bien de changer de méthode. L’approche « Nordique » de la réforme, qui consiste à ce que l’Etat s’interpose comme médiateur, entre les acteurs sociaux semble la plus appropriée. Maintenant, si ce choix devait être retenu, faudrait-il encore concilier l’idée de compensation avec les contraintes financières imposées par l’engagement, à la fois de ne pas augmenter notre dette publique et de ne pas augmenter le volume total des prélèvements.

Pas si simple, mais c’est le prix à payer pour parvenir à réduire le chômage et continuer à améliorer notre système de santé et de protection sociale tout en rénovant notre système éducatif. La réduction du chômage, en changeant les rapports de forces entre les salariés et les entreprises, permettrait de relancer la dynamique salariale et donc le pouvoir d’achat. Mais la France reste caractérisée par un très faible taux de syndicalisation (le plus faible du monde), qui ne permet pas d'envisager qu'une négociation puisse être conduite efficacement à l'échelon interprofessionnel, ou même au niveau des branches.

Invité mardi matin sur France 2, Nicolas Sarkozy a réaffirmé qu'il mettrait en oeuvre, s'il est élu, les réformes sociales de son programme, estimant que "le calendrier de la démocratie politique ne peut pas être bafoué par le calendrier syndical".
"Le dialogue social, j'y crois. Mais simplement les élections ça sert à quelque chose. Ce ne sont pas les manifestants qui font le programme électoral des candidats", a-t-il déclaré. Le candidat a souligné qu'il "appliquerait scrupuleusement" son programme, notamment sur le service minimum dans les transports ou les régimes spéciaux de retraites...
Ça promet, il faudra se lever tôt pour aller au boulot à la rentrée !
Mais j'oubliais, cette élection n’est pas une opposition gauche/droite mais une illustration de la fracture générationnelle.

En revanche, "il faut passer du temps de la division au temps du rassemblement" il faudra choisir " quelqu'un qui, par goût et par nature, est un rassembleur".
Le débat de ce soir répondra-t-il à nos attentes ?
A ce stade, le choix reste Cornélien : un pacte présidentiel étatique ou le troisième tour social. "Disons plutôt entre la peste et le colérique…". " Et il est probable qu’ici la forme a plus d’importance que le fond " (Pierre de Coubertin, Le sport et la question sociale, revue olympique, 1913)...

La joute Royal
La compétivité Française
Paris Championne mondiale du temps libre
Evolution des préoccupations de Français 2002-2007
Bipolarisation des emplois d'ici à 2015
Ce qui compte ce sont les objectifs


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