Bayrou : un malin ?
Par Pierre Chauveau, dimanche 29 avril 2007 à 08:53 :: Débats d'actualité :: #473 :: rss
Etre battu au premier tour de l’élection présidentielle et pourtant se retrouver au centre du débat du second tour, allant jusqu’à s’offrir une discussion télévisée avec Ségolène Royal, c’est la prouesse que réalise, de manière inédite, François Bayrou.
Mieux, celui-ci entend bien préserver et amplifier sa position d’arbitre en promettant une nouvelle surprise lors des troisième et quatrième tour de cette élection : les législatives de juin.
Il n’est pas certain qu’il y parviendra mais force est de concéder que le leader centriste témoigne d’une constance, d’une audace à moins que ce ne soit de la témérité et d’un sens tactique peu communs. Sa conférence de presse, ce mercredi, en tient lieu de démonstration tout comme le dialogue avec Ségolène Royal sur BFM TV samedi.
François Bayrou persiste et signe. Il maintient son diagnostic pessimiste. La France souffre d’une triple crise démocratique, sociale et économique. Il entretient sa critique des solutions proposées par Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Le premier représente à ses yeux une menace pour la démocratie car il risque de concentrer tous les pouvoirs entre ses mains. Il reproche à la seconde un programme étatiste inapte à relever l’économie de la France.
François Bayrou est gonflé. Il annonce la création d’un grand Parti démocrate (dépôt des statuts le 4 mai), choix soutenu par deux tiers des électeurs, dont il nous explique qu’il sera libre, central et arbitral mais dont on devine qu’il pourrait devenir dans l’hypothèse d’un échec de Ségolène Royal, suivie d’une cassure du parti socialiste, le grand parti progressiste base de sa candidature à l’élection présidentielle de 2012.
François Bayrou ne manque pas d’habileté. Il vise déjà les législatives. En ne donnant pas de consigne de vote aux électeurs, il espère ainsi ménager la réélection de ses députés sortant qui ont besoin du soutien de l’U.M.P pour être réélus et néanmoins profiter de la dynamique créée par l’obtention de près 7 millions de suffrages au premier tour de la présidentielle pour élargir sa représentation parlementaire et empêcher celui ou celle qui gagnera de bénéficier d’une majorité absolue au parlement, ce qui semble peu probable.
Dès lors, le nouveau Parti démocrate deviendrait décisif, distribuant les bons et les mauvais points au gouvernement, approuvant les projets de loi qu’il jugera opportuns et faisant échouer ceux qu’il contestera.
Même si ce pari politique est audacieux, François Bayrou exulte aujourd’hui tant les deux prétendants flattent son électorat et multiplient les amabilités à son égard. Ségolène Royal plus encore que Nicolas Sarkozy compte tenu de son retard dans les sondages.
Mais le président du nouveau Parti démocrate ne doit pas se faire d’illusion. Sitôt élu, le nouveau président ne lui fera pas de cadeau d’ici les législatives de juin. En revanche, Nicolas Sarkozy, s’il est élu, devra tenir compte de son pouvoir de nuisance pour l’UMP. En effet, François Bayrou a franchit le seuil de 12,5 % des inscrits dans 469 circonscriptions. L’hypothèse de triangulaires généralisées étant tout aussi dissuasive vis-à-vis de l'UMP que du parti démocrate. "La menace du fort au faible existe, mais la dissuasion, elle, est du faible au fort", révélait après le premier tour Hervé Morin, président du groupe UDF de l'Assemblée nationale.
En attendant le second tour, François Bayrou sera parvenu à occuper une grande partie de l’espace médiatique ce qui constitue déjà un beau lot de consolation. En revanche, pour "sortir de l'affrontement bloc contre bloc" le premier test des législatives de juin sera déterminant.
Il devra rester vigilant car « l'amour et la haine sont des sentiments qui s'alimentent par eux-mêmes, mais des deux la haine a la vie plus longue. » Honoré de Balzac
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