Ségolène Royal et François Bayrou ont assumé samedi leurs désaccords en matière d'économie, notamment sur l'intervention de l'Etat, les 35 heures, les retraites ou les réformes européennes.

"Sur la question économique, nous avons des désaccords et mon objectif ici n'est pas de chercher à convaincre François Bayrou puisque le pacte présidentiel que j'ai proposé sera mis en application si les Français me confient cette responsabilité", lors du second tour le 6 mai, a-t-elle déclaré.

Le candidat de l'UDF, "en désaccord assez profond" avec le programme économique socialiste, a d'abord critiqué son coût "au même niveau que les promesses électorales de Nicolas Sarkozy, à peu près 60 milliards" d'euros.

C'est "un déséquilibre considérable supplémentaire apporté à nos dépenses publiques. Je pense que c'est un mauvais choix et que, d'ailleurs, ça ne sera pas soutenable", a-t-il ajouté.

François Bayrou a en outre exprimé son désaccord sur l'"idée qu'en donnant de l'argent à un grand nombre de catégories de Français on va relancer la machine. Ça n'a jamais marché et ça ne peut pas marcher dans une économie ouverte comme la nôtre".

"Il n'y a pas de dogme, il y a une nouvelle vision du développement économique", a répondu Ségolène Royal. "Je considère que la nouvelle croissance économique s'appuie sur trois piliers : la compétitivité économique, la compétitivité sociale et l'écologie", a-t-elle ajouté.

Alors que François Bayrou critiquait le fait qu'elle revienne "trop souvent à l'idée que l'Etat peut faire les choses à la place de la société", la présidente de la région Poitou-Charentes a assuré que "le pacte présidentiel n'est pas un pacte étatique, bien au contraire et c'est ça sa grande modernité".

"Toutes les réformes économiques et sociales sont faites en partenariat, sous forme de contrats" avec les entreprises, les partenaires sociaux, ou les régions, a-t-elle ajouté.

Selon la candidate du PS, "le pacte présidentiel ne coûte pas 60 milliards mais 35 et ce sont des dépenses actives. Je considère que toutes les dépenses publiques qui sont proposées dans ce pacte rapportent davantage qu'elles ne coûtent".

Interrogé sur la limitation du temps de travail, François Bayrou a qualifié de "très mauvaise idée" la généralisation des 35 heures prônée par Ségolène Royal car "les plus petites entreprises vont être bouleversées dans leur organisation".

Affirmant au contraire que "le passage aux 35 heures a entraîné une amélioration de la compétitivité" des entreprises lorsque le dialogue social avait permis de moderniser l'organisation du travail, Ségolène Royal a confirmé qu'elle voulait travailler avec les partenaires sociaux pour parvenir à la généralisation des 35 heures.

"Je maintiens que c'est un progrès humain considérable et que ce qui compte c'est 35 heures travaillées de façon très productive (...) plutôt que de travailler 39 heures avec des salariés démotivés", a-t-elle ajouté.

Selon elle, "ce qui est important ce n'est pas le dogme du chiffre des 35 heures, c'est comment on travaille, comment on se forme, comment l'organisation de l'entreprise s'améliore".

A propos de la loi Fillon sur les retraites, Ségolène Royal a promis une nouvelle fois qu'elle "serait revue, en particulier parce qu'elle a créé une inégalité insupportable au dépend des femmes".

Insistant sur l'équilibre précaire du système de retraite en France, François Bayrou a jugé au contraire que "ceux qui pensent qu'on va revenir sur la loi Fillon se trompent".

"La France ne peut pas être le pays dans lequel on travaille le moins d'heures dans l'année et le moins d'années dans la vie", a-t-il dit.

Ségolène Royal a répondu qu'"une des clefs de la solution du problème des retraites, c'est la relance de la croissance".

"On sait bien que si l'on remet deux à trois millions de travailleurs au travail, on résout le problème de déficit des comptes sociaux", a-t-elle expliqué.

Sur les questions européennes, Ségolène Royal et François Bayrou se sont opposés sur l'idée d'un salaire minimum et la modification des statuts de la Banque centrale européenne (BCE).

Pour la candidate socialiste, le smic européen "est un objectif indispensable sinon les délocalisations continueront".

François Bayrou a jugé, à l'inverse, que "c'est une idée pas sérieuse, qui ne résiste pas à l'examen une seconde".

Selon lui, un smic européen reviendrait soit à "tuer l'ensemble des pays de l'Est européen" soit à "complètement déséquilibrer" la France.

La candidate de gauche a répété qu'elle plaiderait si elle est élue pour une réforme du statut de la BCE "parce que je veux que l'Europe s'occupe aussi de croissance et d'emploi".

Soulignant que la critique de la BCE était "un point d'accord entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy", le président de l'UDF a affirmé qu'"ils se trompent tous les deux".

Se plaçant en défenseur de la maîtrise de l'inflation, il a rappelé qu'un euro moins cher s'accompagnerait d'une hausse des taux d'intérêt. Dans cette situation, "vous ne pouvez plus ni consommer ni investir donc vous affaiblissez l'économie française", a-t-il expliqué.

Ségolène Royal a de son côté estimé qu'il n'était "pas incompatible d'avoir un euro fort plus un objectif de croissance et un objectif de lutte contre le chômage". Source : Reuters


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