Victoire des indécis !
Par Pierre Chauveau, vendredi 20 avril 2007 à 18:00 :: Débats d'actualité :: #462 :: rss
A la veille du premier tour de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal semblent les mieux placés pour arriver en tête mais François Bayrou n'est pas irrémédiablement distancé, dans une compétition où plus d’un tiers des électeurs sont encore indécis ou hésitants, selon les sondeurs.
La qualification pour le second tour de Jean-Marie Le Pen leur paraît en revanche peu probable.
M. Sarkozy est crédité de 27% à 30% d'intentions de vote et Ségolène Royal de 22,5% à 26%. M. Bayrou est crédité de 18,5% à 20%. Jean-Marie Le Pen oscille entre 12,5% à 15,5%, contre 14% environ à même époque en 2002.
De l'avis de tous les instituts, l'électorat François Bayrou, fait de sympathisants de gauche et de droite, est la clé du scrutin, car c'est là qu'on y trouve, et de loin, le plus grand nombre d'indécis.
"Il y a une hésitation au centre de l'offre", précise M. Rivière. Selon lui, "il y a une demande de changement, une aspiration à du nouveau, à ce qu'on soigne la France, qu'on la fasse avancer: le problème c'est qu'il y a trois offres qui prétendent faire çà".
"Je suis quasiment certain que Jean-Marie Le Pen ne sera pas présent au second tour. Je pense que Nicolas Sarkozy y sera", affirme Jean-François Doridot (IPSOS). Sans "forcément être en tête" dimanche soir, selon M. Rivière. MM. Doridot et Rivière donnent le classement suivant: Sarkozy 1 ou 2, Royal 1, 2 ou 3, Bayrou 2, 3 ou 4, Le Pen 3 ou 4. "Le plus probable pour l'instant, c'est que M. Bayrou termine troisième", avance prudemment M. Doridot.
"Chacun des numéros 2, 3 et 4 peut encore prétendre ravir la place de celui qui le précède", ajoute M. Rivière. "Le scénario le plus probable, c'est quand même Sarkozy-Royal".
Serge Gaubert, journaliste, revient dans son blog sur le choix qui s’offre encore aux indécis.
N’en déplaise à ses détracteurs, Sarkozy n’est ni fasciste ni raciste mais grand bonimenteur, certainement. Il incarne un courant traditionnel de la politique française, la droite bonapartiste. Une survivance régalienne drapée de tricolore. Exaltation de la volonté, concentration des pouvoirs, culte de l’homme providentiel. La posture n’est pas nouvelle. Elle en a séduit plus d’un dans l’histoire. Elle s’est souvent achevée en naufrage.
L’obstacle de la diabolisation écarté, posons la vraie question : que pourrait bien faire Sarkozy qu’il n’ait pas fait depuis cinq ans qu’il est ministre ? Comment pourrait-il être l’artisan du redressement après avoir été l’ouvrier du déclin ?
De l’autre coté, une défaite de Ségolène Royal, dès le premier tour, aurait au moins une vertu. Faire exploser cet incroyable attelage qu’est devenu le PS et permettre une recomposition de la gauche autour de deux pôles : les tenants de la régulation sociale (DSK, Rocard, Kouchner…), porteurs d’un mouvement social-démocrate, d’une part et les partisans de la transformation sociale de l’autre (Mélenchon et les antilibéraux). A cette condition la gauche décomposée redeviendrait audible, donc crédible.
Reste François Bayrou, qui représente le changement attendu par les Français. Sa victoire déclenchera un séisme qui fera gagner plusieurs dizaines d’années à la France. Car alors, c’est tout le paysage politique qui sera recomposé. Champ de ruines au PS comme à l’UMP. Sarkozy ne survivra pas à un revers électoral. Sa cour naissante non plus. Construite autour d’un homme, la machine s’effondrera si le candidat trébuche.
Perspective plutôt séduisante que ce tsunami électoral. Surtout provoqué par un centriste, étiquette politique jusqu’à présent synonyme de mollesse.
Dimanche soir commencera une tout autre campagne…
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