Tous paraissent ignorer que, dans leur grande majorité, les lois votées par notre Parlement ne sont qu’une mise en conformité de notre législation avec les directives décidées à Bruxelles.

Les candidats se perdent dans un inventaire à la Prévert de mesures "conjoncturelles" afin de prendre les voix de diverses catégories sociales quitte à céder à une surenchère démagogique. On pourrait paraphraser cette formule du général de Gaulle : « Un programme à quoi ça sert ? Ce qui compte ce sont les objectifs ! »

Les réformes "structurelles", de long terme, ont un effet positif certain. Philippe Aghion, Anne Laure Piganeau de l'université Harvard ont calculé, en comparant l'effet dans les autres pays d'une vingtaine de critères, que trois de ces réformes devaient être privilégiées : la remise à niveau de l'université, la libéralisation des services conjointe avec la libéralisation du marché du travail et, une fois cela fait, la réduction de la dette (En temps réel, Cahiers, mars 2007). Gilbert Cette, d'Aix-Marseille, les a rejoints pour en évaluer les coûts.

Au total, pour que la France rattrape le niveau d'éducation supérieure des Etats-Unis, il en coûterait près de 30 milliards d'euros. Mais elle bénéficierait de un point de croissance en plus au bout de cinq ans. Ce regain amènerait des recettes supplémentaires, et la mesure s'autofinancerait au bout de dix ans. La deuxième réforme apporterait aussi un gain de croissance de un point en cinq ans, autofinancé en sept ou huit ans.

Si les politiques conjoncturelles ont des effets économiques très incertains, les réformes structurelles sont efficaces pour combler le retard de croissance. Mais il ne faut pas en attendre d'effet bénéfique immédiat, et leur "paiement en retour" n'intervient qu'au-delà du quinquennat… Il est illusoire de promettre aussi une baisse des prélèvements obligatoires durant ces cinq ans, comme le fait Nicolas Sarkozy. Les vrais leviers de croissance sont des réformes structurelles connues, évaluées et hiérarchisées.

Au risque de schématiser quelque peu, on peut présenter le débat présidentiel en France comme un affrontement entre différentes visions des réformes à accomplir et de la façon de les engager. Il y a d’un côté ce qu’on pourrait appeler une approche « britannique » de la réforme, à savoir par décret et sans gros effort pour compenser les perdants, notamment parmi les employés. Cette méthode a déjà été essayée dans notre pays, en particulier par Alain Juppé en 1995, et elle a notoirement échoué.

La crise du CPE du printemps 2006 offre un autre exemple de l’inadéquation de la méthode britannique à la situation française. Les jeunes qui se sont massivement opposés à la réforme ont largement bénéficié du soutien de la population, ce qui a forcé le gouvernement à retirer son projet et lui a du même coup ôté tout crédit pour procéder à d’autres réformes. En imposant le changement par la force, le gouvernement a réduit davantage la confiance entre partenaires sociaux, base indispensable à la réussite de toute réforme. C’est l’approche Sarkozy…

Alors comment réformer sans réduire la confiance entre partenaires sociaux ? C’est l’approche « nordique » de la réforme, qui consiste à ce que l’Etat s’interpose comme médiateur, entre les acteurs sociaux. Elle suppose que la réforme soit négociée, que des concessions soient faites par les uns et les autres pour aboutir à un accord meilleur que le statu quo, et peut impliquer, dans certains cas, que la remise en cause d’avantages considérés comme acquis soit indemnisée. Le modèle danois de flexsécurité offre une bonne illustration de cette approche : l’Etat récompense les employés et entreprises qui jouent le jeu, et pénalise ceux qui abusent du système. L’intervention de l’Etat permet ainsi d’imposer un système efficace de responsabilités et d’incitations partagées entre les différents acteurs concernés : le travailleur, le chômeur, l’entreprise et l’Etat. C’est plutôt l’approche Bayrou…

Comment appliquer cette approche nordique pour mettre en oeuvre l’ensemble des réformes identifiées comme nécessaires à la reprise de notre croissance ? Et comment concilier l’idée de compensation avec les contraintes financières imposées par l’engagement, à la fois de ne pas augmenter notre dette publique et de ne pas augmenter le volume total de prélèvements ?

Il reste encore une semaine, à Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et François Bayrou, pour nous convaincre en nous offrant une vraie vision pour la France.


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