"Il y a maintenant sur tous les continents des signes du changement climatique qui affectent les animaux et les plantes et nous en avons la preuve", a souligné le coprésident du Giec. D'ici 2080, estiment les experts dans leur rapport, jusqu'à 3,2 milliards d'humains seront exposés à des pénuries d'eau sévères, et 600 millions à la faim, en raison des sécheresses, de la dégradation et de la salinisation des sols. Chaque année, 2 à 7 millions de personnes supplémentaires pourraient subir des inondations, notamment sur les côtes où la pression démographique s'accentue et dans les grands deltas d'Afrique de l'Ouest, d'Asie ou du Mississippi.

La Chine, l'Arabie saoudite, la Russie et les Etats-Unis ont contesté certains paragraphes du "résumé pour les décideurs", un texte d'une vingtaine de pages qui synthétise à l'intention des gouvernements de la planète les 1400 pages du rapport. Le quotidien anglais The Independent a parlé de «guerre des mots». En effet, "c'est la première fois que la science est ainsi mise en cause par les politiques", a fait remarqué un délégué.

La Chine s'est ainsi opposée à un paragraphe soulignant "le risque très élevé (...) que de nombreux systèmes naturels soient affectés par les changements climatiques", selon les sources proches des discussions.

Les Etats-Unis ont eux demandé et obtenu l'élimination d'un paragraphe indiquant que l'Amérique du Nord "devrait être localement confrontée à de graves dommages économiques et à des perturbations substantielles de son système socio-économique et culturel". En revanche, le réchauffement climatique frappera l'Amérique du Nord sous la forme de vagues de chaleur éprouvantes dans les villes, et de tempêtes plus intenses, qui toucheront particulièrement les côtes, à l'instar de l'ouragan Katrina en 2005.

L'Europe ne sera pas épargnée, notamment dans les régions du sud, tandis que le nord sera un temps ménagé. Les pays méditerranéens feront face à des risques accrus de sécheresse, de récoltes réduites et de vagues de chaleur mortelles. Le nord de l'Europe connaîtra d'avantage d'inondations en hiver.

En Afrique, le changement climatique va compromettre la sécurité alimentaire et exacerber les pénuries d'eau, alors que le continent est particulièrement mal armé pour y faire face.

L'Asie sera victime d'inondations, de sécheresses et de pénuries d'eau, qui seront aggravées par les effets de la pression démographique et de l'industrialisation des ressources naturelles, selon le rapport. L'Amérique latine pourra perdre 50% de ses terres agricoles d'ici 2050.

Les experts du climat jugent que l'Arctique pourrait être particulièrement menacée par le réchauffement des températures, avec la fonte attendue d'une grande partie des glaces et du permafrost. Si le sort de l'Antarctique est incertain, "les régions polaires sont de plus en plus considérées comme étant (...) extrêmement vulnérable au changement climatique actuel et prévisible", écrivent-ils.

Selon le premier volet de ce 4e rapport du Giec, publié en février à Paris, la température moyenne de la terre pourrait gagner 1,1 à 6,4 degrés d'ici 2100 par rapport à 1990, avec une "meilleure moyenne possible" de 2 à 4 degrés en vertu des scénarios socio-économiques envisagés.

Selon Rajendra Pachouri, qui a présidé cette séance du Giec, "Les peuples pauvres sont les premières victimes du réchauffement climatique. Ils manquent de moyens pour lutter contre ce fléau. Il faut accorder une grande attention parce que les pays pauvres mettent plus de temps pour s'adapter. Les changements climatiques auront beaucoup d'impact sur les conditions de vie des peuples. Il faut maintenant adopter une responsabilité globale."

Le prochain rendez-vous du GIEC se tiendra à Bangkok, du 30 avril au 3 mai 2007, avec le groupe de travail III sur les solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Cette réunion se tiendra entre les deux tours de la présidentielle. Parmi les candidats susceptibles de parvenir au deuxième tour, seuls Ségolène Royal et François Bayrou disposent d’un programme prenant en compte les contraintes environnementales. Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen étant les plus mauvais élèves pour relever le défi du réchauffement climatique.
Le 22 avril et le 6 mai, votons pour la planète...

Réchauffement climatique: faut-il nier l'évidence ?
Giec : Groupe de travail 1, février 2007


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