Enfin 52% des Français estiment que les relations entre la police et les Français se sont "plutôt dégradées" alors que seulement 16% jugent qu'elles se sont améliorées. Chez les jeunes de 18 à 24 ans cette tendance est encore plus marquée, en effet deux tiers d’entre eux jugent que cette relation s’est dégradée contre seulement 9% qui voient une amélioration.

Cette absence d’embellie contraste avec les statistiques régulièrement publiées sur ce sujet. Paradoxe pour le moins surprenant, une majorité relative d'interviewés déclare faire confiance à Nicolas Sarkozy pour garantir la sécurité des personnes et des biens : 43% citent le candidat soutenu par l'UMP contre 15% pour Ségolène Royal et 14% pour François Bayrou. Tous les autres candidats obtiennent un score inférieur à 10%, y compris Jean-Marie Le Pen (8%). Source : Ifop JDD

Les accrochages de la gare du Nord révèlent sans doute le climat de violence qui existe dans notre pays. Ils sont plus encore révélateurs de la fracture qui existe aujourd’hui entre la police et l’opinion, en particulier les plus jeunes

Comment expliquer, en effet, que la foule présente dans le hall de la gare du Nord ait si vite pris le parti d’un homme arrêté en flagrant délit de fraude par un contrôleur et interpellé par la police après avoir tenté de le frapper ?

Comment expliquer que la rumeur ait si vite transformé ce resquilleur trentenaire en jeune garçon de treize ans auquel les représentants de l’ordre auraient cassé le bras ?

Comment expliquer cette fureur collective soudaine contre les forces de police ?

Comment l’expliquer sinon par une formidable exaspération des citoyens à l’encontre des forces de l’ordre.

Au problème de la violence s’ajoute en effet désormais une terrible fracture entre la population et sa police censée la défendre et la protéger contre toutes les formes de désordre.

Ou encore le manque de crédibilité de François Baroin, qui avait présenté le contrevenant comme un "récidiviste défavorablement connu des services de police et de surcroît entré illégalement sur le territoire". Démenti de son avocat qui souligne qu’"il est entré régulièrement en France à l'âge de 10 ans dans le cadre du regroupement familial". Amateurisme, manipulation ou encore information erronée délivrée par les services du nouveau ministre de l’intérieur ?

Nicolas Sarkozy voit dans cette flambée de violence la confirmation de son discours et de sa politique sécuritaire. Mais c'est, avant tout, la tentative de recréer le clivage gauche droite. L'objectif étant d'éliminer le centriste François Bayrou de la course à l'Elysée.

Le candidat de l’UMP pourrait en tirer les dividendes le 22 avril, si l’on en croit les sondages. La résurgence du thème de l'insécurité donne une bonne occasion à Nicolas Sarkozy de rouvrir la boîte de Pandore électorale de 2002. Un rôle aussi profitable que réducteur qu’il affectionne particulièrement.

Ses adversaires considèrent que cette flambée de violence atteste du double échec de l’ancien ministre de l’Intérieur : son incapacité à enrayer une violence qui n’a cessé de croître au fil des années, la fracture que sa politique a creusé entre la population et notamment les plus jeunes et des forces de police de plus en plus impopulaires.

Pour couronner le tout, 4.000 policiers ont manifesté mardi à Marseille afin d’alerter les candidats à la présidentielle sur les salaires trop bas, les violences physiques, la politique du chiffre ou encore le non-respect de leur droit à manifester. En fait, le malaise de notre police, « mal aimée » de l’opinion publique, provient en outre de la trop grande médiatisation de ses interventions pour l’unique service de son ministre candidat Nicolas Sarkozy.

En revanche, une chose est sure le prochain président de la République aura beaucoup de peine à réconcilier police et citoyens.


Retour Accueil