Bayrou : effet malabar ou trou d’air ?
Par Pierre Chauveau, lundi 26 mars 2007 à 00:22 :: Débats d'actualité :: #415 :: rss
La stagnation voir le recul de François Bayrou dans les sondages, depuis trois semaines, annonce-t-il un inévitable effritement ?
N’est-il qu’un trou d’air, par définition provisoire, provoqué par le tir conjugué de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy dont le candidat centriste a été victime dès lors qu’il commençait à représenter un véritable danger pour les favoris des médias ?
Les sondeurs s’interrogent. Les militants centristes sont hésitants. Le Pen progresse inexorablement. Les Sarkozystes se rassurent. Les socialistes restent perplexes.

Après le coup de barre à gauche du discours de Villepinte, Ségolène Royal se dit à nouveau libérée du carcan socialiste et s’efforce de séduire au centre. Certains socialistes estiment même que le moment est venu de tendre la main en direction de Bayrou. Si la candidate PS doit tout faire pour être au second tour et donc empêcher François Bayrou de remonter dans les sondages, elle sait qu’au second tour, le total des voix de gauche sera trop maigre pour qu’elle puisse l’emporter. Elle aura alors besoin de rallier à elle une partie des électeurs du candidat UDF. Si un effritement de François Bayrou est bénéfique à Ségolène Royal, un effondrement lui serait préjudiciable. À trop se déporter au centre au premier tour, la candidate socialiste risque de redonner un espace à une gauche antilibérale dont un résultat confortable la ferait trébucher dès le premier tour. À trop se gauchiser, elle pourrait bien trébucher au second.
L’entourage de Nicolas Sarkozy, lui, se dit rassuré et confiant. Au siège de campagne, on se montre modestement triomphant ! On ne doute pas que le « soufflé » Bayrou va naturellement retomber. C’est, « l’effet malabar » plaisantent les amis du ministre candidat : « ça gonfle, ça enfle puis, soudain, ça explose ! Nous y sommes ! Il ne suffit plus que de mitrailler encore un peu le candidat centriste et il ne sera bientôt plus nécessaire de tirer sur l’ambulance ».
Du côté de Nicolas Sarkozy l’on se dit préoccupé du score que pourrait faire Jean-Marie Le Pen, dont l’ampleur demeure fort difficile à évaluer aujourd’hui. Sa tendance haussière est vérifiée par les enquêtes d’opinion, en revanche sa valeur absolue demeure subjective compte tenu des redressements opérés par les sondeurs.
Les centristes, déçus par les derniers sondages, ne veulent pas croire toutefois à une baisse durable de leur candidat. Le meeting du Zénith qui a réuni près de 7.000 personnes a revigoré les supporters de Bayrou. Le candidat centriste a dirigé l’essentiel de ses flèches contre Nicolas Sarkozy et s’est employé à séduire l’électorat de gauche par un discours très virulent à l’encontre du président de l’UMP qualifié de « candidat du CAC 40 ». Habité par une conviction inébranlable, François Bayrou continue d’affirmer sa certitude d’être présent au second tour.
Les sondeurs s’interrogent. Ils se demandent si la stagnation voir le recul de François Bayrou est du pour l’essentiel aux attaques conjointes déclenchées à son encontre par Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Alors ce tassement pourrait n’être que provisoire. Ils sont aussi tentés de penser que François Bayrou n’est pas parvenu à démontrer la pertinence de sa gouvernance s’il était élu. Si bien qu’à leurs yeux la décrue serait dès lors inéluctable.
Le défi de François Bayrou est sans doute désormais de démontrer qu’il est le seul à pouvoir battre Nicolas Sarkozy au deuxième tour. C’est le seul argument massue qui puisse convaincre des électeurs de gauche voire certains à droite, de lui donner leur voix dès le premier tour : l’argument du vote utile et du tout sauf Sarkozy !
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