Pour Yannick Jadot, directeur des campagnes de Greenpeace France : « Abandonner l'EPR permettra d'impulser de nouvelles dynamiques économique et sociale très prometteuses. Regardons ce qui se passe chez nos voisins européens : le chiffre d'affaires pour les seuls renouvelables a atteint près de 40 milliards d'euros en 2005 et double tous les trois ans. Une politique courageuse et volontariste fondée sur le développement des renouvelables et sur l'efficacité énergétique créerait des centaines de milliers d'emplois. »

La position des présidentiables

Le projet de construction du nouveau réacteur nucléaire EPR « est loin de faire l'unanimité parmi les candidats à la présidentielle. José Bové, Dominique Voynet ou Olivier Besancenot ont déjà fait savoir qu'ils y étaient totalement opposés. »

Seuls Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen se sont toujours montrés favorables au nucléaire. À l'UMP, on souhaite « le maintien de l'option nucléaire pour des raisons de compétitivité et écologiques ».

Ségolène Royal a connu plusieurs revirements sur cette question. Elle a affirmé, dans un courrier au réseau Sortir du nucléaire, qu'elle « engagerait le débat » sur l'ensemble du dossier énergétique et sur l'EPR, si elle est élue."La décision de lancer l'EPR a été prise par le gouvernement actuel dans des conditions d'analyse et de débat tout à fait contestables", selon elle.

Quant à François Bayrou, dans un courrier également adressé à Sortir du nucléaire, il juge qu'"il est temps que la filière nucléaire soit transparente. Les conditions du débat public sur l'EPR n'ont pas été satisfaisantes, puisque la loi d'orientation sur l'énergie avait déjà entériné le choix industriel de l'EPR, avant la mise en place de la commission nationale du débat public sur cette question ».

Corinne Lepage, ex-candidate à la présidentielle ralliée à François Bayrou, s'est déclarée « opposée à l'EPR mais pas au nucléaire en général “. "On ne met pas 3,5 milliards d'euros dans un projet pour quelque 300 emplois alors qu'on pourrait investir massivement pour créer des milliers d'emplois autour des énergies renouvelables", a martelé la dirigeante de Cap 21. Elle a rappelé que le candidat de l'UDF "s'est prononcé pour un nouveau débat sur l'EPR et sur un rééquilibrage des crédits de recherche entre nucléaire et énergies renouvelables". "Je souhaiterai qu'il aille encore plus loin", a-t-elle conclu.

Arrêt progressif du programme nucléaire civil en France ?

Certes, une courte majorité des Français (54 %) adhère au principe de sortie du nucléaire. Toutefois, une proportion non négligeable exprime son refus (43 %).

Des différences générationnelles peuvent être observées sur ce sujet sensible. En effet, c’est parmi les plus jeunes qu’on trouve le plus de partisans de l’arrêt du nucléaire (66 % des 18-24 ans y sont favorables), alors que les plus âgés semblent plus partagés (47 %).

Les cadres et professions libérales se distinguent, 55 % manifestant leur opposition à un tel projet.

Le clivage politique s’avère quant à lui encore plus marqué que sur la question des déchets. En effet, l’adhésion à l’arrêt du programme est très claire à gauche (59 % des sympathisants socialistes, et surtout 77 % parmi les proches des Verts), alors qu’elle reste minoritaire à droite (46% des sympathisants UDF/UMP). Source : Ifop Le regard des Français sur le nucléaire

Le nucléaire en perte de vitesse en Europe

Puisque le pétrole risque d’être « durablement cher », en raison des besoins croissants d’énergie dans le monde et de ressources limitées, « il faut relancer d’urgence et puissamment une politique d’économies d’énergie et deuxièmement il faut poser la question du nucléaire comme énergie de substitution dans l’ensemble de l’Europe ». C’est ce que proposait le ministre Français de l’Economie, Nicolas Sarkozy en octobre 2004.

Aujourd’hui, seuls 3 pays membres de Union Européenne utilisent encore majoritairement de l’électricité d’origine nucléaire : la France (78 %), la Suède (52 %) et la Belgique (56 %). Et aujourd’hui, la Finlande est le seul pays membre de l’Union à avoir décidé, en 2002, de construire une nouvelle centrale nucléaire pour répondre à la demande croissante d’énergie.

Plusieurs pays européens ont abandonné l’utilisation de l’énergie nucléaire depuis 1987, suite à la catastrophe de Tchernobyl. L’Autriche, le Danemark, la Grèce, l’Irlande et la Norvège n’utilisaient alors pas l’énergie nucléaire et proscrivent tout projet de construction de centrale. La Pologne a même arrêté la construction d’une centrale.

La Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne et la Suède ont décidé de ne pas construire de nouvelle centrale, mais continuent d’exploiter les centrales existantes. L’Allemagne (31 %) va encore plus loin en fermant volontairement des centrales avant leur date théorique de fin d’activité, dans le cadre d’un plan de "sortie du nucléaire" qui doit s’achever vers 2018 s’il n’est pas remis en cause entre-temps.

Les regards se portent maintenant vers le Royaume-Uni (20 %), où le gouvernement doit publier en mars un Livre blanc sur la politique énergétique. Le Premier ministre, Tony Blair, a déjà fait savoir qu'il est favorable au renouvellement des centrales existantes.

Encore un dossier complexe qui divise les Français, la solution de facilité consisterait à prendre position sans les consulter, un peu comme le recommande Nicolas Sarkozy. L’autre attitude serait de privilégier les réductions d’énergie, dans l’habitat et le transport, pour diminuer notre dépendance énergétique tout en favorisant la recherche et la création d’emplois non délocalisables. La réduction des gaz à effet de serre étant dès lors la conséquence de ce cercle vertueux qui va avec la réduction progressive du nucléaire civil en France.

Les Echos : Pourquoi le nucléaire revient
Les Verts : L'EPR dangereux, couteux, inutile


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