L’amateurisme selon Besson
Par Pierre Chauveau, samedi 17 mars 2007 à 00:59 :: Débats d'actualité :: #401 :: rss
Après avoir claqué la porte du Parti socialiste pour cause de divergences sur l'orientation de la campagne présidentielle, Eric Besson publie un ouvrage à charge contre Ségolène Royal, qu'il accuse de démagogie et de populisme.
La sortie en librairie de "Qui connaît Madame Royal", mardi prochain, survient quelques jours après la parution de "10 + 1 questions" de Claude Allègre, autre "jospiniste" historique, ami personnel de l'ancien Premier ministre et autre grand adversaire de Ségolène Royal.
Selon l'ancien ministre de l'Education, sous l'égide duquel Ségolène Royal a travaillé pendant les années de "gauche plurielle", "elle n'a pas de pensée politique construite, mais des idées pratiques et des solutions aux petits problèmes des gens".
Pour la première fois depuis qu'il a accepté de figurer dans "l'équipe du pacte présidentiel" de Ségolène Royal, Lionel Jospin anime samedi une "rencontre publique" à Lens, au coeur de la deuxième plus grosse fédération socialiste de France.
Mercredi prochain, l'ancien chef de gouvernement, qui n'avait pas ménagé ses critiques contre la candidate pendant la primaire socialiste, fera de nouveau campagne, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, où il milite aux côtés de ses fidèles, Daniel Vaillant, Bertrand Delanoë et Annick Lepetit.
Trois ou quatre autres réunions de ce type, dont une à Nantes, sont programmées avant le premier tour, a-t-on appris dans l'entourage de Lionel Jospin. Aucun meeting commun entre l'ancien premier ministre et la candidate n'a été annoncé pour l'instant.
Le Figaro et Le Monde reproduisent vendredi des extraits de "Qui connaît Madame Royal" d'Eric Besson, dont le titre est un clin d'oeil rageur aux propos de Ségolène Royal lors de sa démission. "Qui connaît Eric Besson?", s'était-elle interrogée en visitant une usine dans la Somme.
L'ancien secrétaire national du PS chargé de l'Economie s'y réjouit implicitement d'une éventuelle défaite de Ségolène Royal en mai prochain.
"Si elle gagne, je plains son Premier ministre. Il devra appliquer une politique imprécise sous l'égide d'une présidente invitant au culte de la personnalité, tournant le dos à l'histoire de la gauche progressiste (...) Si elle perd, le PS sera une nouvelle fois en crise majeure", écrit le député de la Drôme.
"MENSONGER ET DANGEREUX"
"Mais je préfère voir le PS obligé d'opérer enfin sa mue et devenir un parti réformiste assumé plutôt que de risquer l'embolie de mon pays", affirme celui qui ne votera Royal "ni au premier ni au deuxième tour (...) sauf évidemment si elle était opposée à Jean-Marie Le Pen".
Eric Besson assure n'agir ni "par vengeance" ni pour "purger je ne sais quelle humiliation", se défend d'être un "sarkozyste honteux" et prévient qu'il ne "reviendra jamais dans ce Parti socialiste-là".
"Je le dis calmement mais fermement: ce que construit Ségolène Royal dans cette campagne présidentielle est mensonger et dangereux pour la gauche et pour la France", explique-t-il, heureux de s'être délivré d'un "parti pris de fidélité" à son parti et à la candidate qu'il s'est choisie.
Et de faire la liste de ses griefs envers la candidate, tour à tour accusée de jouer "de sa victimisation" et d'instrumentaliser le féminisme et "les souffrances des exclus pour asseoir son pouvoir".
"Seule sa propre gloire la motive. Elle use et abuse de la démagogie", attaque Eric Besson. "Je vous résume: pouvoir personnel de fait, affaiblissement des élus et des contre-pouvoirs, diabolisation morale de ceux qui s'opposent au bien".
Au-delà de la personne, Eric Besson attaque également les cent propositions de la candidate, qu'elle a présentées mi-février lors d'un grand meeting à Villepinte au terme d'une phase de deux mois de débats participatifs.
"Jamais programme présidentiel à gauche n'a été inventé dans une telle imprécision, dans un tel secret", estime le "chiffreur" en chef du projet socialiste. "Mon boulot, et celui du PS, ce n'était plus de construire mais de cacher cette réalité", déplore-t-il.
Des critiques balayées d'un revers de main jeudi soir par Ségolène Royal lors de l'émission "A vous de juger" sur France 2. L'ouvrage d'Eric Besson fait partie des "péripéties" de campagne, a assuré la candidate, qui aurait préféré que le député socialiste "qui a du talent, parle de la France". Source : Reuters
« Qui connaît Madame Royal ? » : Eric Besson, Grasset, 168 pages, 12,90€, sortie le 20 mars
Ne sachant plus à quel saint se vouer elle a fait appel, en désespoir de cause, à un nouveau conseiller économique pour remplacer le félon!
En revanche, il y a des prémices qui ne trompent pas, la candidature de Ségolène Royal sent…comme dirait Michel, le sapin !
Même si l’amateurisme n’est pas de mise quand on se présente à la présidentielle, cela justifie-t-il une telle sortie ?
Certes, on a connu des issues aussi théâtrales... mais beaucoup plus dignes !
Eric Besson pourrait méditer cet extrait de l'"Essai sur les données immédiates de la conscience" de Henri Bergson : " De toutes les conceptions politiques, la démocratie est la plus éloignée de la nature. Elle attribue à l’homme des droits inviolables. Mais ces droits, pour rester inviolés, exigent une fidélité inaltérable aux devoirs... On n’y doit plus distinguer si c’est le devoir qui confère le droit ou le droit qui impose le devoir. "
Vidéo de la démision d'Eric Besson
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