La fracture sociale

C’est l'axe de campagne choisi par Chirac en 1995, artifice de communication destiné à adoucir son image et à le rendre plus " social ". "Je n'accepte pas de voir tant de jeunes au chômage. Je n'accepte pas la fatalité du chômage de longue durée (...) Je n'accepte pas de voir près d'un million de nos compatriotes contraints de vivre du RMI. Je n'accepte pas de voir l'exclusion de ces cadres approchant la cinquantaine" et "je n'accepte pas de voir tant de nos compatriotes s'installer dans l'assistance", lançait Chirac en 1995. Et ça a marché !

Douze ans plus tard, le taux de chômage est, certes, officiellement inférieur à 9%, mais le nombre de RMIstes est passé à 1,2 million, et le taux d'activité des seniors n'a jamais été aussi bas. La pauvreté a diminué puis s'est stabilisée, avec 6,9 millions de pauvres en 2004 contre 7,6 millions en 1996, le niveau de vie moyen a augmenté, les inégalités se sont réduites. Pourtant, les Français interrogés dans les sondages d'opinion sur leur avenir et celui de leurs enfants, se montrent en majorité pessimistes. Peut-être parce que "la sécurité économique et la certitude du lendemain" sont plus que jamais "un privilège". Globalement, la France a le taux de contrats précaires le plus fort en Europe, à l'exception de l'Espagne. Aujourd'hui, 13,6% des salariés ont un statut précaire, contre 7,7% en 1995.

La "fracture" subsiste : c'est le principal échec des deux mandats chiraquiens.

Le bilan économique

Comment a évolué l'économie française pendant les douze ans du règne chiraquien ? Pour le savoir, JDN Economie a passé au crible les principaux indicateurs économiques.

Le déficit public

"Un point de passage obligé, c'est la remise en ordre de nos finances publiques", affirmait Chirac en 1995. "Il faut maîtriser les dépenses publiques, non pas au moyen de coupes budgétaires aveugles, mais en engageant les réformes qui permettent de dépenser mieux". Hélas le déficit public est de 3,1% en 2002, de 4,1% en 2003 et de 3,7% en 2004. La dette publique atteint plus de 1.200 milliards d'euros en 2006, soit plus de 18.000 euros par Français. En 1995, elle était de 496 milliards d'euros. Seuls, les intérêts de cette dette coûtent au budget plus de 40 milliards d'euros par an, soit le deuxième budget après celui de l'Education nationale. C'est dire que la situation économique en France est préoccupante, certains experts estiment même que notre pays est sur la pente du décrochage économique.

Une baisse de 33% de l'impôt sur le revenu d'ici 2007

C’est " la " promesse de campagne de Chirac en 2002, pour rendre le candidat plus " offensif ". Et ça a marché !
Hélas, les impôts ont augmenté au global. L'impôt sur le revenu a certes accusé une baisse d'environ 13% mais les impôts locaux, fonciers, ont largement balayé cette baisse. Les prélèvements sociaux se sont quant à eux alourdis, passant à 22,1 % du PIB en 2006.

Contre le quinquennat

Contre le quinquennat le 14 juillet 1999, "le quinquennat sous une forme ou sous une autre, serait une erreur et donc je ne l'approuverai pas", quelques mois après le Président le propose par voie référendaire : "je vous demande de voter pour le quinquennat, le quinquennat que naturellement j'ai toujours défendu".

Les erreurs

La dissolution de l'Assemblée nationale en 1997 qui lui a fait perdre toute crédibilité. Dissolution qui a installé Jospin au gouvernement pendant 5 ans. Résultat, la France a viré au socialisme sectaire à un moment où elle aurait pu surfer sur la reprise économique.

N'avoir pas su profiter de la forte majorité de droite au lendemain des Présidentielles 2002. Réélu avec 80% des suffrages, la gauche à terre, Chirac et Raffarin avaient une formidable occasion de réformer la France par de grandes actions. Mission ratée, la montagne a accouché d'une souris, seule une brochette de réformettes a vu le jour.

Un discours toujours convenu et soporifique sur les enjeux européens et notamment sur la Constitution a fait que les Français ont voté " non " au référendum de 2005. "Je suis désolé de, peut-être, ne pas avoir fait tout ce qu'il aurait fallu pour éviter ce qui a été une mauvaise chose pour l'Europe et pour la France", a reconnu le chef de l'Etat au moment de ses adieux à Bruxelles.

Les points positifs

La France qui a dit non à l'intervention américaine en Irak.
La sécurité routière.

Sur tous les points abordés, deux seulement sont positifs. Le bilan Chirac, désastreux pour la France car il n'est ni de Gaulle, ni Thatcher.
En revanche, ce fantôme de président va laisser la France et le moral des Français encore plus bas qu'il ne les a trouvés. La faute revient à toutes les occasions manquées de faire décoller le pays, et à ce qui demeure finalement la principale caractéristique de Chirac, son manque de courage politique.

Un discours d'adieux touchant

Après son départ de l’Elysée, Jacques Chirac servira "d'une manière différente, mais avec un enthousiasme intact et la même passion d'agir pour vous, je continuerai à mener les combats qui sont les nôtres, les combats de toute ma vie, pour la justice, pour le progrès, pour la paix, pour la grandeur de la France".

Pour Ségolène Royal, "il y'a une dignité de l'intervention de Jacques Chirac. C'est une nouvelle page de l'histoire qui se tourne."
Pour sa part, François Bayrou a tiré "un coup de chapeau" au président Jacques Chirac, dont l'allocution était "très bien". "J'ai trouvé que la manière dont il s'est exprimé était à la fois émue et qu'il rappelait des valeurs de fond qui fait que notre pays ne ressemble pas aux autres", a-t-il ajouté.
"Naturellement, nous avons eu beaucoup, beaucoup de débats pour ne pas dire de confrontations avec Jacques Chirac au travers du temps. Mais ce soir c'est plutôt un coup de chapeau que j'avais envie de donner parce que j'ai trouvé que ce discours était en effet le fil conducteur de ce que on devrait suivre en France", a-t-il poursuivi.
"Ce soir j'ai trouvé qu"il avait parlé bien et à la dimension d'un chef d'Etat qui achève son mandat", a conclu le candidat de l'UDF.

Si son discours d'adieux a touché quelques hommes politiques français, la presse étrangère tire à boulets rouges sur les années Chirac. Le Washington Post fait ainsi remarquer que « pendant ses douze ans à l'Elysée, Chirac a vu le malaise français s'approfondir. Ses efforts de réforme ont échoué, le taux de chômage reste élevé, la discrimination s'est accentuée et l'influence amoindrie. » Pour le Daily Telegraph, « il a incarné et tiré profit de tout ce qui ne va pas dans la politique française ». Ses qualités sont à double tranchant : « charmant », « inconstant » et surtout « sans scrupule » ! Même constat en Espagne, où El Mundo retient la « versatilité » du président français.

Pour l'instant, Jacques Chirac a choisi de ne pas descendre dans la mêlée de la bataille pour sa succession. «S'agissant des échéances électorales, j'aurai l'occasion d'exprimer mes choix personnels», a-t-il affirmé (texte intégral du discours du 11 mars de Jacques Chirac).

Jacques Chirac dans le texte


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