Toutes les enquêtes pointent une érosion de la leader socialiste qui ne parvient pas à ré ancrer son profil dans les attentes majoritaires de l'opinion. Son retour aux frontières de la gauche classique lui a probablement fait perdre la présidentielle. Parmi les piliers fondateurs de sa popularité initiale, il ne subsiste que son statut de femme. Cela ne sera pas suffisant pour battre Sarkozy.
Pour Jean-Luc Mélenchon il y a le feu au lac. « Ce qui nous menace si le Parti Socialiste est absent du deuxième tour et si le Parti communiste est humilié est une catastrophe qui va plus loin qu’un simple revers électoral. Un changement d’époque politique où la gauche serait condamnée à hésiter entre collaboration et figuration. »
À gauche on est pourtant en train d’imaginer une répétition du scénario de 2002, où, la gauche serait éliminée, et où François Bayrou occuperait la place de Le Pen. Une hypothèse assez différente, car dans ce cas, le « Tout sauf Sarkozy » fonctionnerait pleinement et Sarkozy, plutôt que se retrouver dans la position de Chirac, risquerait d’être le grand perdant alors qu’au début de la course, il en était le favori incontesté.

Après l’arrogance de février, la panique se propage aussi du côté du siège de campagne de Nicolas Sarkozy où l’on hésite encore sur la stratégie à employer face à Bayrou. Pas question pour Nicolas Sarkozy de trop mettre en valeur le Béarnais, avec le risque d’en faire une victime, même si jeudi soir sur France 2 dans « A vous de juger », il a dénoncé sa "stratégie de l’immobilisme". Bien qu'’il ait reçu le soutien opportun de Simone Veil qui déteste François Bayrou, les sarkozystes comptent toujours sur le ralliement de Jean-Louis Borloo, un ancien UDF, pour enrayer la percée. Fustigé par la gauche et l’UDF, le ministre candidat n'hésite pas à "draguer" l'extrême droite en proposant un ministère « de l'immigration et de l'identité nationale ». Le lien entre les deux termes "est tout aussi nécessaire qu'opportun", ont justifié ses porte-parole Rachida Dati et Xavier Bertrand dans un communiqué !

En attendant, François Bayrou continue son offensive de charme à l’égard de la gauche moderne. Dans une interview au New York Times, il s’est dit "clintonien", se présentant comme "un homme de la troisième voie" en faisant implicitement référence au Premier ministre britannique Tony Blair. Mais, selon Denis macshane, ancien ministre de l'Europe de Tony Blair, chez les Français, «blairiste» est un gros mot.
Dans une interview accordée au Journal du Dimanche, Corinne Lepage explique sa décision de se rallier à François Bayrou qui " incarne aujourd'hui un véritable changement dans le pays, qui peut permettre à l'écologie politique d'occuper la place qui lui revient", nous "partageons de nombreuses idées, tant sur la moralisation de la vie publique que sur la nécessité de fonder une VIème République", puis elle précise que son mouvement, Cap21, ne fusionnera pas avec l'UDF. Le 26 février, elle avait déjà laissé sous entendre un ralliement pour le deuxième tour. L’ancienne ministre de l’écologie, d’Alain Juppé, devrait apporter à François Bayrou la touche environnementale, « où il faut bien le dire il n’était pas d’une grande sensibilité ». Tous les orphelins de l’écologie politique pourraient ainsi rejoindre cette nouvelle équipe, et donner à Bayrou de très fortes chances de l'emporter.

En revanche, la référence historique, c'est l'élection présidentielle de 1969 : une gauche au plus bas et un combat de deuxième tour entre Georges Pompidou et le centriste Alain Poher. Pompidou avait gagné facilement. La gauche communiste, qui représentait alors plus de 20 % des électeurs, s'était abstenue en qualifiant les deux candidats de droite de " blanc bonnet et bonnet blanc ". A l'UMP, on considère que face à un combat Sarkozy-Bayrou, l'extrême gauche d'aujourd'hui s'abstiendrait aussi. Et l'addition des Laguiller, Besancenot, Bové peut représenter autour de 10 % qui, en ne se reportant pas sur l'UDF, feraient gagner Nicolas Sarkozy.

Dans l'entourage du ministre de l'Intérieur, on admet que toutes ces hypothèses s'effondrent si l'élection se fait sur le thème " Tout sauf Sarkozy ". En ajoutant aussitôt que jusqu'ici il a su éviter ce danger et qu'il n'y a pas de raison que cela change.

Bayrou pourrait finir par s'imposer, "naturellement", comme le choix de bon sens pour une majorité d'électeurs qui souhaitent éliminer le candidat qui fait peur. Le vote utile, pour ceux qui s'opposent à Nicolas Sarkozy, serait bien François Bayrou. En effet, les intentions de vote pour Jean-Marie Le Pen en 2007 sont plus élevées qu'en 2002 et le risque de le voir au deuxième tour subsiste.


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