Mais passée une période où il l'a « laissée faire à sa guise », les ennuis, dit-il, ont commencé : « J'ai été convoqué par le premier ministre et par DSK pour reprendre les choses en main. » Du coup, les relations se sont tendues entre les deux ministres et sont devenues « exécrables » entre Royal et le cabinet d'Allègre. « Plusieurs membres de son équipe ont déclaré forfait », affirme-t-il.

À l'époque, Claude Allègre avait la réputation d'avoir une forme de mépris un brin machiste pour Royal. Mais il s'en défend aujourd'hui : « Je n'ai pas mesuré l'hypertrophie formidable de l'ego de cette femme ! J'étais absorbé par ma tâche. J'imagine qu'elle devait se sentir humiliée d'être considérée comme une adjointe », écrit-il.

Loin d'être « absorbée » par sa tâche, Royal est décrite comme une femme dévorée d'ambition, « son moteur principal dans la vie », s'octroyant au ministère « les sujets de société pouvant contribuer à nourrir une image proche des gens ». Il est vrai qu'alors, tandis que Claude Allègre fustigeait l'absentéisme des enseignants et faisait face à des manifestations, Ségolène Royal portait les dossiers de la lutte contre la pédophilie ou de la pilule à l'école.

Son caractère y est aussi brocardé. Elle est jugée « hautaine et distante ». « Son seul centre d'intérêt était la politique, les médias et ce que l'on y disait d'elle », jure Claude Allègre. « Elle n'a pas de pensée politique construite, mais des idées pratiques et des solutions aux petits problèmes des gens », lance-t-il. Dotée d'une « détermination de fer que n'altère jamais le doute », elle peut, regrette visiblement Claude Allègre, « fort bien réussir ». Aujourd'hui retiré du jeu politique, mais toujours très proche de Lionel Jospin, celui qui se définit lui-même comme étant « de tradition républicaine et socialiste » l'affirme : son « sentiment dominant est l'inquiétude ».

Claude Allègre, sur France info le 29 septembre 2006, pilonnait déjà la favorite PS des sondages : «Je ne pense pas qu'elle soit capable ni de gagner, ni d'être président de la République».
Dominique Strauss-Kahn, le 2 juin 2006, avait déclaré à son sujet : «Nous avions un Sarkozy, nous n’avons pas besoin d’en avoir deux ».

"Il n'y a rien de plus normal que Lionel Jospin, Laurent Fabius ou Dominique Strauss-Kahn, les vieux éléphants du PS, soient sur la liste (de l'équipe de campagne) de Ségolène Royal".
« Les troupeaux d'éléphants sont toujours dirigés par une femelle » avait déclaré le photographe Yann Arthus-Bertrand 23 février à Poitiers, en présence de Ségolène.

En politique, l'ambition personnelle pose problème dès lors qu'elle prévaut sur l'intérêt du pays. Le Général de Gaulle était incontestablement animé d'une ambition personnelle très forte. Mais celle-ci savait s'incliner en face d'intérêts supérieurs. C'est toute la différence entre de Gaulle et la succession de ceux qui l’ont suivi, des hommes politiques se montrant plus spectateurs qu'acteurs. De manière assez lucide, Mallet du Pan écrivait : "La France est conduite par les événements et non par les hommes ; ceux-ci sont traînés par la force des circonstances et ne les préméditent presque jamais (...)".

Royal et Sarkozy sont dévorés par une seule et même ambition, prendre le pouvoir, les moyens pour y parvenir importent peu. Et dépourvus de vision politique ils géreront le pays à « la petite semaine. » Avant de voter le 22 avril, il y a lieu de réfléchir à cette phrase de Joseph Conrad : « Toutes les ambitions sont légitimes, excepté celles qui s'élèvent sur les misères ou les crédulités de l'humanité. »


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