François Bayrou avait vertement critiqué l'organisation de l'émission "J'ai une question à vous poser" et même menacé de ne pas y participer. Mais comme Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal ou Jean-Marie le Pen avant lui, François Bayrou s'est finalement plié à l'exercice lundi soir. Il a éclipsé les petits candidats que sont Dominique Voynet et Arlette Laguiller, ainsi que José Bové, leur "chipant" au passage 25 minutes d'émission.

Il a tenté de montrer l'"autre chemin" qui permettra, selon lui, de "sortir la France de l'impasse" en faisant "travailler ensemble des gens qui viennent de camps différents". "Les campagnes électorales ne se gagnent plus avec des promesses", a aussi affirmé le président de l'UDF.

La presse régionale semble satisfaite de la prestation du Béarnais. En revanche, le nouveau "chouchou" des Français n’a pas fait un tabac sur TF1, qui enregistre là son plus mauvais score en ne réunissant que 5.662.000 de téléspectateurs et une part de marché d'à peine 25.4%. François Bayrou est battu par "FBI Portés Disparus" diffusée sur France 2.

Certes, certains diront qu'il y a bien eu un pic d'audience de 6.679.909 téléspectateurs au moment du passage de François Bayrou mais on est loin, très loin même, des scores réalisés les semaines précédentes et notamment lors du passage de ses deux principaux adversaires Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Rappelons que le record de cette émission restera celui de la candidate socialiste qui a frôlé les 9 millions de téléspectateurs.

Alors doit-on relativiser tous les sondages qui donnent François Bayrou comme un candidat de plus en plus crédible et de plus en plus apprécié par les Français qui veulent le voir absolument au 2eme tour ? On peut en tout cas se poser la question de savoir pourquoi les audiences de François Bayrou à la télé ne reflètent pas cette popularité ou encore rechercher les causes dans la lassitude des Français pour ce type d’émission.

Les questions de téléspectateurs n'apportent rien au débat politique ?

J’ai suivi toutes les émissions de TF1 "J'ai une question à vous poser" sauf une. La Star'Ac de la politique m’inquiète au fil des semaines. Cette émission peut aussi rappeler par certains aspects « L'école des fans », l’émission culte de Jacques Martin, dont le succès repose sur les réactions spontanées des enfants et la notation généreuse offerte à chacun d’entre eux.

Plus sérieusement, Marc Abélès, directeur d'études à l'EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales) et anthropologue, est «un peu énervé par toutes ces émissions participatives».

La mise en scène respecte la qualité de présidentiable de l'invité: le pupitre, l'amphithéâtre, le professeur, les élèves. Le politique reste en surplomb de la société civile.

Je n'ai pas le sentiment que poser des questions apporte grand-chose à la démocratie. On peut pousser un coup de gueule, mais ça ne laisse pas de place au débat. C'est la «démocratie des petits moi, je» : les gens posent leurs questions en fonction de leurs petits problèmes. Le politique, lui, est appelé à se justifier, à s'expliquer sur tel ou tel petit problème, c'est dangereux, ça vire au populisme. Il y a un côté jury populaire : à la fin, on va savoir qui a été le maillon faible, il y a l'idée que cette démocratie-là peut se substituer à la démocratie traditionnelle.

Aujourd'hui, tout le monde veut s'exprimer. Et souvent de manière négative. Le «tous pourris» à l'égard des politiques touche désormais les journalistes. Et c'est problématique que le média lui-même organise l'effacement du journaliste, comme TF1 le fait avec PPDA. Le journaliste politique est remis en cause au profit de la spontanéité de la société civile. Mais le politique devrait être remis en cause par un expert, un journaliste. Aux Etats-Unis, ils sont perpétuellement dans la relance. Ce que je reproche aux journalistes français, ce n'est pas leur connivence, c'est d'être paresseux. Ils ne bossent pas assez les dossiers pour pouvoir mettre en cause précisément les politiques. Là, dans J'ai une question à vous poser, le journaliste est de côté et attend qu'on fasse son boulot. Source : Libération

On ne doit pas accuser François Bayrou d’avoir fait baisser l’audimat car il a été plutôt bon. Il a convaincu hier soir par son honnêteté, son courage, sa modération et sa personnalité ferme et crédible, qui n’a rien du mollusque décrit par ses contradicteurs. Il s’est imposé comme un homme politique d’envergure, et n’est pas le benêt décrit par ses adversaires.

Sur la question de son futur gouvernement de rassemblement, s’il est élu, il souligne que les Français donneront au nouveau président une majorité pour agir ; il y aura des candidats "majorité présidentielle" dans toutes les circonscriptions, ceux-ci pouvant être non UDF s’ils acceptent le programme de gouvernement proposé par le président de la République.

En revanche, ce type d’émission s’use très vite, l’aspect consensuel et le manque de relance enlisent le débat.

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Nicolas Sarkozy : J'ai une question à poser...à TF1 le 5 février


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