Balance commerciale dans le rouge
Par Pierre Chauveau, dimanche 11 février 2007 à 00:20 :: Débats d'actualité :: #340 :: rss
En 2006, la progression des échanges est plus rapide qu’en 2005 et les flux atteignent leurs plus hauts niveaux. Les exportations augmentent de 8,6 % et les importations de 9,8 %.
Le solde commercial s’établit à -29,2 milliards d’euros en 2006 alors qu’il représentait seulement -22,9 milliards en 2005.
Alors que l'hexagone affiche un déficit record de sa balance commerciale extérieure, le Royaume-Uni a enregistré un solde de négatif de 126 milliards d'euros sur l'année, contre 103 milliards en 2005.
En revanche, le contraste est saisissant avec les prouesses allemandes. Jamais les performances commerciales de la France et de l'Allemagne n'auront autant divergé. Berlin a annoncé un excédent commercial record de près de 162 milliards d'euros.
Christine Lagarde, ministre déléguée au commerce extérieur, commente dans les Echos la détérioration préoccupante de notre balance commerciale. « Seulement 4 % de nos PME exportent alors qu'elles sont près de 11 % en Allemagne. C’est un vrai sujet de préoccupation que de constater qu'il y a plutôt moins d'entreprises exportatrices depuis 2000, même si l'on observe une stabilisation de leur nombre en 2006. Le vrai enjeu du commerce extérieur se joue à l'intérieur. »
Concernant sa vision de l’avenir Christine Lagarde, pense qu’« on exportera sans doute deux catégories de choses. D'une part, notre savoir-faire dans des domaines tels que la formation, l'éducation ou l'encadrement. Et d'autre part, des biens qui réussiront à associer une technologie à une marque ou un savoir-faire enraciné dans un terroir. Cela ne veut pas dire bien sûr que nous n'exporterons plus de biens industriels, mais cela sera évidemment de plus en plus difficile pour des produits sans avantage comparatif. La quatrième génération des réacteurs nucléaires ou un futur Airbus font partie de ces produits qui selon moi associeront technologie, enracinement et excellence. »
Améliorer l’innovation et développer les PME
Une forte baisse des exportations automobiles, qui ont enregistré leur "plus mauvaise performance depuis 2004", explique l'économiste Marc Touati, ajoutée à des difficultés dans le secteur aéronautique, avec des retards sur des livraisons d'Airbus, font partie des problèmes conjoncturels qui ont pesé sur la balance commerciale. Par ailleurs, des difficultés plus profondes affectent le commerce extérieur français, en mauvaise posture depuis plusieurs années déjà. Et les mesures de soutien aux PME qui se lancent à l'export, développées depuis un an, n'ont pas encore donné de vrais résultats.
Selon Marc Touati, "on aurait tort d'accuser l'appréciation de l'euro, car près des deux tiers de nos exportations sont destinées à l'Union européenne". Par ailleurs, les succès à l'export de l'Allemagne, y compris en dehors de l'Union, prouvent que le taux de change n'est pas forcément un obstacle. Il faut dire que son positionnement vers les pays en forte croissance est très favorable. En comparant le déficit commercial français avec l'excédent record de l'Allemagne de 162 milliards d'euros, Mathieu Kaiser de BNP Paribas, estime que le problème "ne se situe pas uniquement du côté de la facture pétrolière". Les Allemands "utilisent moins l'énergie nucléaire que nous", donc à priori la "contrainte pétrolière devrait logiquement peser davantage pour eux". La raison est donc à chercher ailleurs, estime l'analyste, à savoir du côté des produits manufacturés.
Selon lui, la France "a un problème du côté de l'offre industrielle". Cela expliquerait en grande partie le paradoxe apparent entre un déficit commercial record et des exportations également au plus haut niveau. A 387 milliards d'euros en 2006, ces dernières sont en effet "historiquement les plus importantes jamais constatées", se félicitait vendredi Christine Lagarde. Mais, les importations ont augmenté encore plus vite, à 416 milliards d'euros.
Selon l'analyste de BNP Paribas, cela prouve que "l'offre de l'industrie française n'arrive pas à répondre à la demande" qui est très dynamique. Il s'agit, précise Mathieu Kaiser, d'un problème de compétitivité hors coût. Il faudrait donc améliorer le système d'innovation, et avoir des PME mieux armées, plus développées pour être capable de se projeter à l'international.
Commerce extérieur année 2006
Source : Les Echos, L'Expansion
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