Le vote électronique arrive en France
Par Pierre Chauveau, vendredi 9 février 2007 à 00:14 :: Débats d'actualité :: #336 :: rss
A l'occasion de la prochaine élection présidentielle, André Santini maire d’Issy les Moulineaux va équiper tous ses bureaux de vote de machines à voter électroniques. En revanche, le maire UDF de Sceaux Philippe Laurent se montre plus réservé. Par ailleurs, le vote électronique n'a plus la cote aux Etats-Unis qui font machine arrière.
« Ce qui a fait la différence c'est la convivialité de la machine, sa rapidité d'installation et de désinstallation ainsi que son prix », commente Paul Subrini, premier maire adjoint d'Issy-les-Moulineaux. Entre les trois systèmes de vote électronique accrédités par le ministère de l'Intérieur, la ville d’Issy les Moulineaux a retenu iVotronic, une solution développée par la société ES&S.
Pour la prochaine élection présidentielle, les quarante bureaux de vote de la localité dirigée par André Santini seront équipés d'une soixantaine de machines à voter électroniques. Cette solution technique sera déployée simultanément dans sept autres villes françaises, dont Saint-Malo, Wissous et Noisy-le-Sec... « Après plusieurs expérimentations pilotes réussies, nous avons opté pour le vote électronique, pour plusieurs raisons, souligne Paul Subrini,des raisons financières, même si l'économie exacte est aujourd'hui difficile à chiffrer. En achetant le matériel la ville va bénéficier des subventions prévues par l'Etat pour ce type d'équipement. Par ailleurs, cette solution représente un gain de temps manifeste en particulier pour le décompte des voix. »
Dans le Parisien Hauts-de-Seine du 1er février, le maire UDF de Sceaux Philippe Laurent, vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine, vice-président de la communauté d'agglomération des Hauts de Bièvre et président de la commission des finances de l'Association des Maires de France, donne son opinion mitigée sur le vote électronique : A Sceaux, la décision de renoncer vient d'être prise alors même que la somme de 130.000 euros pour l'achat des machines était inscrite au budget. Pour justifier sa décision, le maire UDF, Philippe Laurent, met en avant plusieurs arguments dont deux notables, l'un financier, l'autre technique. S'appuyant sur une note du centre d'analyse stratégique, l'élu considère l'attitude de l'Etat pour le moins ambiguë : "En 2004, quand les premières machines ont été utilisables, l'Etat attribuait une subvention de 800 euros par machine vendue aux alentours de 4.600 euros. Aujourd'hui, elle est tombée à 400 euros", relève l'élu. Et alors que l'ensemble des adjoints étaient convaincus de l'intérêt de l'utilisation de telles machines, l'enthousiasme est retombé après deux ou trois réunions d'information avec les services du ministère de l'Intérieur. On avait l'impression qu'ils n'y croyaient pas eux-mêmes. Nous avons donc renoncé. Philippe Laurent met aussi en avant la fraude éventuelle, les dysfonctionnements et l'impossibilité pour l'électeur de vérifier le bon déroulement du vote : "Les risques, identifiés par les associations et les bilans mitigés d'expérimentations à l'étranger, appellent à la prudence", estime le maire UDF de Sceaux.
Des réserves sur la sécurité
C'est une question classique quand on aborde la thématique du vote électronique, quid de la sécurité et de la confidentialité du vote ? La machine à voter électronique est officiellement présentée comme garantissant« un niveau de sécurité maximal grâce à un système d'exploitation qui lui est propre et donc non piratable, et à plusieurs mémoires indépendantes ».
Auxquels vient s'ajouter « un dispositif de scellement de la machine avant et après les élections ». En pratique, « l'activation d'un boîtier déporté permet à chaque électeur de voter. Ce boîtier est contrôlé par les responsables du bureau via une clé électronique propriétaire », explique Denis Muthuon, directeur commercial Europe du prestataire ES&S.
« Par ailleurs, pendant la journée, chaque vote est enregistré dans la machine comme un bulletin dans l'urne, détaille Denis Muthuon.A la fin des opérations, le dispositif est bloqué pour éviter toute manipulation. On effectue le dépouillement en quelques secondes et pour un éventuel recomptage, un fichier est disponible pour une vérification manuelle. »
Le vote électronique à écran tactile n'a plus la cote aux Etats-Unis. Si en France, les procédés de vote électronique sont soumis à des organismes de vérification comme le bureau Veritas et, pour être agréés, doivent répondre aux 114 spécifications techniques définies par le ministère de l'Intérieur, aux Etats-Unis les procédures de contrôle sont beaucoup plus légères. « Il y avait là-bas des systèmes où le vote pouvait être activé par Wi-Fi et était donc parfois très vulnérable », explique Paul Subrini. Lassé par les contestations chroniques des résultats électoraux, le pouvoir politique qui s'était lancé à corps perdu dans la mise en place du vote électronique après le cafouillage historique des élections de l'an 2000 (entre George W. Bush et Al Gore), fait aujourd'hui machine arrière.
Dans son édition du 2 février 2007 le New York Times publie une grande enquête sur le désamour dont ferait l'objet le vote électronique outre-Atlantique. Le quotidien rapporte ainsi que le gouverneur de Floride, Charlie Crist (successeur de Jeb Bush), vient d'annoncer son intention d'abandonner les machines à voter électroniques. Le sénat de l'Etat de Virginie vient également d'adopter une loi qui prévoit de mettre hors-jeu ces machines pour les remplacer par un procédé à scanner optique. Le Maryland serait dans les mêmes dispositions d'esprit, souligne le New York Times. Et serait suivi en cela par des états comme New York et le New Jersey. Pourquoi tant de doutes ? Parce que l'impossibilité de recompter les opérations de vote à partir d'une trace papier avait fini par créer plus de problèmes qu'elle n'en résolvait. En France, une fois configurées pour une élection donnée, les machines à voter électroniques font l'objet d'une validation en préfecture. Ce qui n’est toujours pas de nature à rassurer les techniciens.
Aujourd’hui, il existe des fraudes avec le vote manuel mais elles restent d’ampleur limitée et beaucoup sont détectées. Demain, le vote électronique pourrait engendrer des falsifications à plus grande échelle. Parfois, il faut se hâter lentement afin d’éviter le déclin du contrôle par les citoyens.
Les avatars du vote électronique
Recul démocratique
Piratage des machines à voter aux US
Sciences & Vie N° 1073 de février 2007 propose : Enquête : le vote électronique
Opaque, invérifiable, vulnérable : des chercheurs en informatique s'unissent pour mettre en garde contre les ordinateurs de vote. Pourtant, quelques mois avant les échéances électorales françaises, plusieurs communes ont déjà troqué l'urne en Plexiglas contre un écran tactile; quels sont les risques de bugs et de fraude ?
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