En dépit des preuves qui existent depuis des décennies, il fallait jeter le doute dans l’esprit du grand public. Ca a bien marché. Récemment, l’Union des Scientifiques Concernés (Union of Concerned Scientists) de New York émettait un communiqué sur le sujet, décrivant comment Exxon s’est inspiré des méthodes de l’industrie du Tabac qui pendant des années a fait croire au grand public que fumer était bon pour la santé.

Le Congrès américain se penchait mardi 30 janvier sur une affaire troublante: deux organisations non gouvernementales affirment avoir découvert la preuve de pressions politiques exercées sur des scientifiques d'organismes publics américains pour les pousser à minimiser la menace du réchauffement climatique. Henry Waxman a annoncé qu’il y aurait des preuves que l’administration Bush a sciemment "désinformé le public en jetant le doute dans les approches scientifiques du réchauffement climatique". Tout a commencé lorsqu’un ami de Bush et lobbyiste de l’industrie pétrolière, Phil Cooney "a imposé ses vues sur les rapports que les scientifiques ont soumis à la Maison Blanche", quand il était Conseiller à la Qualité de l’Environnement. Désormais, tout démontre que "la politique de la science devient une science politique" selon le républicain Tom Davis qui appuie Waxman.
D’ores et déjà, plusieurs groupes d’investigations oeuvrent séparément à la constitution d’un rapport. Un questionnaire a été transmis à plus de 1600 climatologues, et sur les premières 279 réponses, 43 % avouent avoir modifié leurs rapports, et 46 % font état de pressions personnelles qui auraient imposé ces changements. Cela jure avec l’image du scientifique amoureux de la vérité et y consacrant tout son temps et son énergie...
Pire encore : une organisation de scientifiques (dont le nom n’a pas été dévoilé) avait dégagé un lien entre les ouragans et l’effet de serre pour être aussitôt interdite d’interviews médias. Et pour achever cette débâcle des glaces, Drew Shindell, du NASA’s Goddard Institute for Space Studies, ne se retient plus et lâche qu’en 2004, une équipe de recherche avait prévenu des fontes de la banquise dans une étude qui a fondu elle-même dans les salles d’attente de la Maison Blanche comme une catastrophe non annoncée.

Récemment, le géophysicien Claude Allègre, notre ancien ministre de l’Education nationale, y allait, lui aussi, de son concert discordant en affirmant, dans l’Express du 21 septembre 2006, que le réchauffement climatique n’est qu’un aléa dans la vie de la planète. Etudes erronées à l’appui. Parlant de « lapsus » plutôt que d’erreurs, Claude Allègre est même allé jusqu’à soupçonner les climatologues, quelques jours plus tard dans les colonnes du Monde du 4 octobre 2006, de vouloir protéger leurs budgets de recherches.
Tout cela est petit et surtout extrêmement dangereux, confortant ceux qui veulent rester dans l’idée que l’Homme peut continuer impunément à piller les richesses naturelles et à émettre des gaz à effet de serre sans réelles conséquences.

Ne pas hurler avec les loups est un honneur

Mais quand les loups sont, en fait, des scientifiques de renommée internationale, ayant eux-mêmes longtemps douté avant de parler à l’unisson, la bataille prend une tout autre tournure. Les chiffres sur lesquels ils s’appuient pour parler de réchauffement climatique ne sortent pas d’un chapeau. Ils émanent des travaux collectés par le GIEC (Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat) créé en 1988 par l’Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations unies pour l’Environnement. Tous les pays des Nations unies en sont membres, à deux exceptions près Taiwan et le Vatican… Autrement dit, cet organisme constitué des meilleurs experts mondiaux analysent des millions de données et élaborent des scénarios, passés ensuite à la moulinette scientifique et diplomatique avant d’être rendus publics. Autant dire que ces travaux ne sont pas le fruit d’agitateurs travaillant au fond d’un garage.

Selon le GIEC, la température annuelle moyenne a augmenté de l’ordre de 0,6°C au XXe siècle. Ce n’est pas une projection, c’est un fait. Si l’activité solaire a joué un rôle, l’effet de serre additionnel de l’homme a aggravé le phénomène, le rendant presque hors de contrôle. Tous les calculs prévoient que l’accroissement des gaz à effet de serre aura un impact croissant au XXIe siècle, la température moyenne du globe pouvant augmenter de 1,4 à 5,8°C d’ici à 2100. Les effets ? Une augmentation des phénomènes extrêmes (plus de tempêtes, des étés plus chauds, des hivers plus froid, des inondations fréquentes par exemple), une réduction de la surface des glaces, une élévation du niveau de la mer par effet de dilatation des eaux et une perturbation redoutable des courants océaniques.
L’ONU a ainsi d’ores et déjà établi que l’ensemble des nations devra faire face à une vague de réfugiés d’un nouveau genre : les réfugiés « climatiques ». Déjà, les Inuits de l’Alaska, dont les maisons sont englouties peu à peu dans les flots, en savent concrètement quelque chose. Tout comme les habitants des petites îles du Pacifique, qui culminent généralement à quelques centimètres au dessus du niveau de la mer, qui se sont unis pour réclamer des aides et signer d’ores et déjà des accords avec de nouvelles terres d’accueil.

Claude Allègre et consort peuvent toujours se cacher derrière leur petit doigt. Cela ne leur donne pas raison contre le monde entier, mais encourage les plus obtus à ne pas ratifier les accords de limitation de production de gaz à effet de serre.

La terre se réchauffe, sachons garder la tête froide !

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