« De ma vie, je n'ai jamais vu campagne aussi médiocre »
Par Pierre Chauveau, mardi 30 janvier 2007 à 00:07 :: Débats d'actualité :: #316 :: rss
Alors que l'élection présidentielle de 2007, devrait être le point de départ des transformations à engager pour enrayer le déclin français, la campagne électorale apparaît particulièrement décevante, voire consternante.
Les grands problèmes que sont les déficits, la compétitivité économique, l'université, la place des jeunes dans la société, les retraites, la protection sociale, ne sont pas abordés.
Plutôt que de traiter en priorité ces problèmes essentiels et de proposer de véritables solutions, une fois de plus les choix de la démagogie est retenu en s'en prenant à l'Europe, bouc émissaire des difficultés françaises, discours populiste que l'on retrouve déjà chez les extrêmes.
Les critiques portées sur l'euro et le rôle de la banque centrale européenne par les candidats des deux principaux partis politiques français, démontrent qu'ils ne maîtrisent pas les mécanismes économiques fondamentaux permettant de reprendre en mains l'économie. Leurs prises de position répondent seulement à ce qu'ils pensent représenter, un avantage électoral immédiat, mais n'expriment aucune vision à long terme.
Les grands partis français ne sont donc plus capables que de stigmatiser l'Europe, qui serait la cause de tous les maux. Plus grave, les électeurs ne peuvent plus distinguer ce qui fait non seulement la différence entre ces partis, mais aussi la distinction avec l'extrême droite et l'extrême gauche, qui sont elles aussi hostiles à l'euro et aux institutions européennes. La situation présente engendre les conditions favorables aux extrêmes, et en particulier à l'extrême droite. Les leçons du 21 avril 2002 n'ont manifestement pas été tirées par les grands partis qui ouvrent une nouvelle fois la route à Jean-Marie Le Pen.
Un autre bouc émissaire a été désigné avec la décentralisation. Les deux candidats des principaux partis se contentent d'accompagner la campagne actuelle de stigmatisation menée contre la régionalisation confortant ainsi le camp de ceux qui veulent faire croire que le salut de la France ne viendrait que d'un Etat fort assurant une apparente égalité, ce qui ne serait en fait que la domination de la technostructure parisienne. Lors de son précédent mandat, le président Jacques Chirac avait déclaré qu'il y avait trop de niveaux de collectivités territoriales et qu'il fallait songer à en supprimer un. Plutôt que de dire : je fais l'analyse des politiques publiques, cela je le transfère et la capacité normative qui va avec et je fais confiance aux élus parce qu'ils ne sont pas plus idiots au niveau local qu'ils peuvent l'être au niveau national. On ne fait pas cela, on les met sous tutelle.
Toutes les litanies servies par ces professionnels de la politique ancrés dans leurs habitudes rhétoriques font peine à voir. Les habitudes, mauvais signe, si l’on en croit Hegel. Une société qui a ses habitudes est fatiguée, et se prépare à connaître l’abîme de la mort douce.
La construction d'une véritable démocratie citoyenne passe par l'émancipation du modèle français, sous réserve de trouver celui ou celle qui saura l’incarner !
Bernard Henri Lévy : « De ma vie, je n'ai jamais vu campagne aussi médiocre » Le Parisien
L'Express : 71% des Français jugent la campagne de mauvaise qualité
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