Ce qu’il aurait du ajouter :

Nicolas Sarkozy se garde bien de préciser que les chiffres évoqués portent sur les crimes et délits enregistrés (plaintes) ou révélés (interpellations) par la police et la gendarmerie. En clair : ils ne reflètent que l’activité administrative des services. Amalgamer le phénomène de la délinquance et cet indicateur (appelé « état 4001 ») relève d’un abus de langage. Une enquête de victimisation auprès de la population, publiée par l’Observatoire national de la délinquance, donne d’ailleurs une idée du décalage entre le discours ministériel et la réalité. D’après les projections de l’OND, les faits de délinquance commis en 2005, sont trois fois plus importants que ceux enregistrés dans les commissariats et gendarmeries...

Les statistiques officielles, elles-mêmes, restent l’objet de suspicions. La mise sous pression par Nicolas Sarkozy appelant à « faire des résultats », la hiérarchie policière s’est exécutée. De l’aveu même des professionnels, rien n’est plus simple que d’infléchir cette courbe statistique. Mettre les policiers sur la voie publique et privilégier les affaires simples, voilà de quoi améliorer le « taux d’élucidation ». Remplir la case « Q » (celle qui regroupe les délits qui n’entrent pas dans l’état 4001), répartir d’un mois sur l’autre certains délits, décourager le dépôt de plainte pour des infractions mineures... Voilà encore de quoi réduire le nombre de « faits constatés ».

La baisse statistique avancée par Nicolas Sarkozy repose essentiellement sur un recul constant des vols à la roulotte, des cambriolages et des vols de voitures. Cependant, la décrue observée aujourd’hui en France se produit partout en Europe. Nous sommes dans la moyenne sans plus par rapport à nos voisins. Donc, de bons résultats, certes, mais dus en grande partie à l’amélioration des systèmes de protection (serrures renforcées, démarrage électronique des véhicules) qui découragent nombre de malfaiteurs. Les hypermarchés se sont équipés en vidéosurveillance ou en portiques ce qui réduit naturellement le nombre de faits constatés sans intervention de la police.

Cette baisse réelle masque mal, en revanche, l’enracinement d’une délinquance plus dure, comme le montre la hausse constante des violences faites aux personnes (+ 6 % en 2006). Sur ce point, Nicolas Sarkozy n’a inversé ni la tendance... ni les statistiques !

Les années Sarkozy ont été marquées par deux tendances, apparemment contradictoires. Une baisse de la criminalité générale obtenue, notamment, grâce à une diminution significative des vols et, plus généralement, des atteintes aux biens. En revanche, l'action du ministre de l'Intérieur n'a pu endiguer l'explosion des violences et des agressions contre les personnes. C'est donc un nouveau visage de l'insécurité qui se dessine, remettant en question bien des idées reçues.

Nicolas Sarkozy a voulu croire, ou laissé croire, que la police allait, à elle seule, résoudre ce problème que l’on disait numéro un en 2002. C’est en fait impossible. Aujourd’hui, la déception est d’autant plus grande que ce sont les actes graves qui progressent le plus vite.

L'Express : Sécurité: Sarkozy a-t-il réussi?
Criminalité et délinquance enregistrées en 2006 au niveau national
Analyse géographique départementale
Europe 1 : le véritable bilan du nombre de véhicules incendiés, lors du réveillon de la Saint-Sylvestre


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