Le polonium 210 en vente libre !
Par Pierre Chauveau, lundi 11 décembre 2006 à 00:45 :: Débats d'actualité :: #232 :: rss
Alexander Litvinenko est décédé le 23 novembre 2006 au University College Hospital (UCH) de Londres.
Son état de santé s’était dégradé au début du mois de novembre, quelques jours après avoir rencontré à son hôtel, ainsi que dans un restaurant japonais de Londres, plusieurs de ses contacts.
Transféré à l’UCH le 17 novembre 2006, il présentait des vomissements répétés, des troubles du rythme cardiaque, des troubles rénaux, une chute très importante du nombre de ses globules blancs, ainsi qu’une perte totale des cheveux survenue en une semaine. Souffrant également d’une inflammation de la gorge, il avait arrêté de se nourrir depuis 18 jours.
Le professeur britannique Roger Cox de la Health Protection Agency (HPA) a précisé que des quantités élevées de polonium 210 avaient été détectées dans les urines d’Alexander Litvinenko.
Par ailleurs, les autorités en charge de l’enquête ont déclaré avoir retrouvé des traces de radioactivité dans divers lieux qu’il avait récemment fréquentés.
Le polonium a été découvert par Marie Curie en Pologne en 1898. Il s’obtient soit par extraction à partir de l’uranium, soit par l’irradiation du bismuth 209 en réacteur nucléaire. Aujourd’hui, il est plus aisé de se procurer du Polonium fabriqué en réacteur que du polonium naturel.
Selon le communiqué de la CRIIRAD, « les informations diffusées par les responsables britanniques ne comportent aucune donnée chiffrée sur les niveaux de contamination. Dans ces conditions, il est impossible de vérifier et de poser un diagnostic sur les niveaux de risques encourus par les personnes. Il est cependant important de souligner que les informations diffusées restent cohérentes avec le système international de radioprotection (elles mentionnent notamment les effets des faibles et moyennes doses de radiation) et que les autorités ont eu le souci de contrôler très largement tant les lieux que les personnes susceptibles d’être contaminées.
En France, en revanche, les commentaires des responsables présentent les mêmes travers qu’en 1986, au moment des retombées radioactives de Tchernobyl : volonté de minorer les risques, parfois jusqu’à la caricature, au mépris des bases scientifiques et des règles de radioprotection. (cf. interviews de Patrick GOURMELON, directeur de la radioprotection de l’homme à l’IRSN publiée par Le Figaro et d’Anne FLÜRY-HERARD (CEA) publiée dans 20 minutes).
Toute personne résidant aux États-unis et disposant de 69$ peut aller sur le site de la société United Nuclear Scientific Supplies, à l’adresse http://www.unitednuclear.com/isotopes.htm, et acheter une source de 3 700 becquerels (Bq) de polonium 210 (soit 0,1 µCi). Aucun justificatif n’est demandé, tout est fait pour faciliter l’achat.
La société précise que cette vente est légale puisque l’activité des sources radioactives en vente libre est inférieure aux seuils d’exemption fixés par la NRC (Nuclear Regulatory Commission) .
Comment les autorités peuvent-elles exempter de contrôle, voire placer en vente libre, des substances radioactives de forte radiotoxicité, susceptibles de délivrer des doses 10 fois à 300 fois supérieures à la limite maximale du risque ? Et ce dans l’hypothèse optimiste où une seule source est utilisée. Une personne mal intentionnée peut en acquérir plusieurs (jusqu’à 10), et il est évidemment possible de constituer un réseau d’acheteurs pour constituer des stocks considérables sans attirer l’attention.
La CRIIRAD souhaite que l’affaire LITVINENKO ait au moins pour conséquence positive une meilleure prise en compte de la dangerosité du polonium 210 avec notamment :
- la révision à la baisse des seuils d’exemption, et pas seulement pour le polonium 210.
- l’interdiction de la vente libre des sources radioactives en général et du polonium 210 en particulier.
La CRIIRAD appelle par ailleurs les citoyens à considérer avec méfiance les informations diffusées par les services officiels français en matière de nucléaire. En dépit des discours sur la transparence, le niveau de désinformation n’a pas décrû en France depuis 1986 et la catastrophe de Tchernobyl. »
United Nuclear a pris les devants, et publie sur sa page une notice d’information. D’abord, selon l’entreprise, cette vente est parfaitement légale : les doses vendues sont inférieures au seuil fixé par la Nuclear Regulatory Commission, la commission américaine chargée de la surveillance des matières radioactives, et United Nuclear limite ses envois aux résidents des Etats-Unis.
Ensuite, dit-elle, il est strictement impossible d’empoisonner quelqu’un à partir des produits vendus. Il faudrait 15.000 doses à 69$ pour mettre en danger la vie de quelqu’un. Soit une facture de plus d’un million de dollars. Mais plus que le montant, c’est la rareté des commandes qui fait dire à United Nuclear qu’un usage criminel de ses produits est impossible : « une commande de 15.000 sources serait largement suspecte, puisque nous vendons une à deux sources par trimestre ». United Nuclear signale que ses clients sont la plupart du temps des universités, des industries ou des passionnés se science. Et de donner quelques conseils aux apprentis empoisonneurs : des produits bien plus efficaces tels que la ricine sont disponibles.
Autre précaution : il n’existe aucune boutique physique de l’entreprise, et United Nuclear ne possède aucun stock de polonium. L’entreprise assure qu’elle ne fait que relayer les commandes vers le réacteur d’Oak Bridge, dans le Tennessee, qui la fournit au compte-goutte.
En revanche la Criirad, rappelle que le Polonium 210 est également nocif à faible dose. « 15.000 sources de 3.400 becquerels auront un effet foudroyant, mais l’ingestion d’une seule source de 3.400 becquerels peut provoquer un cancer quinze à vingt ans plus tard, explique Corinne Castanier, directrice de la Criirad. Et si des cellules génétiques sont atteintes, des maladies héréditaires peuvent être transmises à la descendance. » C’est pourquoi l’association demande à «revoir d’urgence la réglementation» concernant cette substance radioactive.
Mais à toute chose malheur est bon, en effet à Sheffield en Angleterre, le restaurant « Polonium » affiche complet depuis l’empoisonnement de l’ex agent secret russe, Alexandre Litvinenko.
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