Les futures négociations sur l’après Kyoto doivent permettre de définir de nouveaux engagements pour lutter contre le réchauffement climatique. En effet, le protocole de Kyoto de lutte contre l'effet de serre expire dans sa forme actuelle en 2012, il revenait à la conférence sur le climat de Nairobi de procéder à la première revue et surtout de fixer un calendrier à ses travaux.

Les pays industrialisés, européens notamment, ont souhaité un examen «de fond», qui prendra notamment en compte les dernières prévisions du groupe intergouvernemental d'experts sur le climat mandaté par l'ONU (Giec), attendues début 2007. Mais si le lancement de ce chantier est prévu en 2008, aucun terme ne lui a été fixé.

L'urgence

Or l'idée est de boucler le processus de révision au plus vite, si possible en 2009, pour ouvrir le nouveau traité à la ratification. Dès son ouverture le 6 novembre, la conférence a dressé un constat d'urgence et le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, est venu rappeler mercredi devant les 70 ministres de l'Environnement que le changement climatique constituait désormais «une menace à la paix et à la sécurité comparable aux conflit, à la pauvreté et à la prolifération des armes».

Les 35 pays les plus industrialisés, réunis au sein d'un Groupe de travail spécial, se sont d'ailleurs accordés sur la nécessité de «réduire bien en dessous de 50% les émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport à ceux de 2000» pour garder un climat gérable, selon le président du Groupe, Michael Cutajar.

En vertu de la première période d'engagement de Kyoto (2008-2012), seuls ces pays «riches» sont actuellement soumis à des contraintes de réduction de leurs émissions de GES. Ils ont cependant fait valoir à Nairobi qu'ils «n'y arriveraient pas seuls».

Maigres progrès

Mais les pays en développement, Chine et Arabie Saoudite en tête, ont obstinément refusé que des objectifs soient assignés aux pays en développement ou «toute forme d'engagement» mentionnée dans la revue du Protocole.

En dépit de certains blocages sur la participation des pays en développement, cette première conférence climat organisée en Afrique a permis d'avancer sur les mesures d'adaptation et de soutien que réclamaient les pays les plus démunis face au changement climatique, a estimé le secrétariat de la Convention.

Il a ainsi été décidé de poursuivre l'exploration de nouveaux dispositifs techniques ou méthodologiques sur le financement de l'adaptation, une meilleure répartition des mécanismes de développement propre (MDP) prévus par Kyoto, de travailler sur les efforts de préservation de la forêt.

Il faut laisser du temps au temps ?

La déforestation dans les pays en développement représente près de 24% des émissions totales de GES dans le monde, contre 14% pour les transports, et les gouvernements du Bassin du Congo ou du Brésil réclament un outil incitatif récompensant leurs efforts de préservation des forêts.

Pour le plus haut responsable du climat à l'ONU, Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention sur le changement climatique (UNFCC), les «pays en développement repartent avec un paquet significatif: laissez les gens digérer les résultats de la conférence», plaidait-il. Tandis qu'un négociateur occidental relevait narquois: «Petites ambitions, grandes réussites!»

"Ce n'est pas assez, ce que nous avons accompli à cette conférence", a déploré le ministre allemand de l'Environnement Sigmar Gabriel. "Des mesures urgentes sont nécessaires".

Le protocole de Kyoto de 1997 prévoit la réduction par 35 pays industrialisés de leurs émissions de gaz à effet de serre de 5% d'ici 2012, par rapport à leur niveau de 1990. Les Etats-Unis ont refusé de ratifier l'accord, susceptible selon le président George W. Bush de mettre en péril l'économie américaine. Peu d'experts s'attendent à un geste de Washington tant que l'administration Bush sera au pouvoir.

Les scientifiques estiment que le climat s'est réchauffé de 0,6 degrés au cours du siècle dernier, notamment en raison de l'accumulation dans l'atmosphère de dioxyde de carbone, méthane et autres gaz à effet de serre émis par les usines, automobiles et autres sources de combustion d'énergies fossiles comme le pétrole et le charbon.

Les déclarations du Canada incapable d'atteindre ses objectifs de la première phase n'ont pas provoqué de débat officiel pendant la conférence, en revanche ils ont fait du bruit dans les couloirs, ayant même été sévèrement dénoncées par la ministre de l'Ecologie et du Développement durable, Nelly Olin.

Cependant la politique nationale de lutte contre le réchauffement ne semble guère à la hauteur des enjeux. À cet égard, la France semble quelque peu schizophrène.
Elle fait partie des plus ardents défenseurs du protocole de Kyoto dans les instances internationales, avec Jacques Chirac en héros du développement durable et défenseur de haut vol de la lutte contre le changement climatique.
Mais le plan climat français, présenté en 2004, qui doit être réactualisé tous les deux ans, se fait attendre depuis des mois. Sa version 2006 vient d’être rendue publique dans la plus grande discrétion.

Et pour cause : le ministère de l'Écologie avait beau annoncer voilà deux semaines « des mesures volontaristes », les seules dignes de ce nom contenues par ce plan ont déjà été dévoilées par Dominique de Villepin dans le cadre de son « pacte national pour l'environnement » : des prêts « écologiques » pour les particuliers, en faisant passer le plafond de certains Codevi « verts » de 4 600 à 6 000 euros ; un doublement des crédits de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, Ademe, affectés au chauffage collectif par chaleur renouvelable ; la multiplication par quatre du nombre des HLM peu consommatrices d'énergie ; et le développement d'un moteur hybride Diesel qui permettra d'économiser 30 % de carburant.

La France ne brille guère davantage sur la scène européenne. Bruxelles vient de s’élever contre le deuxième plan national d'allocation de quotas de CO2 (PNAQ 2) français, jugé trop laxiste. Ce dernier autorise en effet les plus gros industriels du pays à rejeter 157,4 millions de tonnes de CO2 par an de 2008 à 2012.
Certes, la France n'est pas le plus mauvais élève de Kyoto : avec des émissions en baisse de 0,8 % de 1990 à 2004, selon les derniers chiffres de l'ONU, elle est en mesure d'atteindre ses engagements (stabilisation des émissions entre 1990 et 2012).

Mais la Grande-Bretagne (-14,3 %) et l'Allemagne (- 17,2 %), dont la marge d'action est plus importante du fait du poids important des énergies fossiles dans leur consommation énergétique, font beaucoup mieux.

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