La coulouère
Par Jack, mardi 14 novembre 2006 à 00:20 :: Histoire :: #176 :: rss
La couloire, ou plutôt « coulouère » selon le parler d'Olivet ou de Sologne, de quoi s'agit-il ?
Il est ici question d'une coutume gardée en souvenir dans la mémoire d’hommes et de femmes des générations considérées comme très âgées aujourd’hui. En ce temps là, quelques années après 1900, les maraîchères, les vigneronnes du Val, du coteau de Noras, de Caubray, de la route de Saint-Cyr, de tout Olivet enfin, allaient chaque matin au marché d'Orléans pour y vendre les produits de leurs terres et s'y rendaient à pied.
Comment transportaient-elles leurs marchandises ? Dans des paniers à bout de bras ? Dans des brouettes ? Non pas du tout: sur la tête! !
Voici de quelle façon: elles prenaient un large plateau d'osier, d'un mètre de diamètre environ nommé « Coulouère ». Il était fabriqué par les hommes, en hiver au coin de la cheminée lorsque la pluie et la neige empêchaient les travaux des champs. A cette époque, tout cultivateur était vannier, l’osier ne manquait pas, on en cultivait partout, si l'on en manquait on en trouvait à profusion sur les bords de Loire. Celui-ci était de moins bonne qualité mais faisait l'affaire tout de même.
Sur ce plateau les courageuses femmes posaient des paniers à anses, légers et également en osier, remplis des marchandises à vendre. Sur les anses de ces petits paniers, elles plaçaient un deuxième plateau en osier, une deuxième « coulouère », de 0.70 à 0.75 mètre de diamètre, avec une nouvelle installation de paniers à anses sur ce plateau, et ainsi de suite pour former une véritable pyramide. La charge variait suivant les productions saisonnières: 15 à 20 kilos au moment des fraises, 20 à 30 kilos au moment des pommes de terre nouvelles, des carottes, des navets, enfin les tous légumes du terroir.
Certaines dames portaient jusqu'à 30 kilos. A la suite d'un pari, une dame Nioche, demeurant au Couasnon, épouse d'un conseiller municipal, porta sur sa tête 42 kilos dans sa « coulouère » ! !
Lorsque tout était placé dans la « coulouère », l'Olivétaine mettait sur sa tête, à même sa coiffe, un petit coussinet bourré de vieux chiffons ou de sciure de bois, puis elle y posait son chargement et en route pour la ville! Toutes ces vaillantes Olivétaines, accomplissant la route à pied de leur domicile au marché d'Orléans, faisaient ainsi 5 à 6 kilomètres avec ce chargement sur leurs têtes, autant pour le retour mais avec des « coulouères » vides. C'était un véritable sport, les jeunes filles s'y entraînaient dès l'âge de quinze ans.
Il fallait voir chaque matin passer sur la route ces courageuses femmes, deux par deux ou à la file indienne à grands pas¬ des pas de fantassin ou de chasseur alpin, les bras ballants, avec un mouvement régulier, donnant au corps une sorte de rythme. Il fallait tenir la tête droite, le regard fixe devant soi, ne pas la tourner ni à droite ni à gauche ni la baisser pour ne pas compromettre l'équilibre. Pour tousser, pour éternuer, il fallait s'arrêter, soulever la « coulouère », un instant la tenir suspendue à bout de bras, le temps que la crise se passe ou que l'éternuement s’arrête puis reposer doucement la charge sur son coussinet.
Toutes les Olivétaines de cette époque étaient d'une force, d'une résistance physique, d'une habileté réellement remarquables. Quant aux accidents ils étaient très rares. Seulement deux accidents répertoriés en trente-deux ans.
Aujourd'hui que reste-t-il de cet emploi de la « coulouère » ? Rien ou très peu.
Depuis un demi siècle les conditions de travail se sont améliorées, les cultivateurs disposent des moyens modernes de transport, et c'est très bien pour nos chères cultivatrices, elles n'ont plus à accomplir ces besognes de forçats et d'acrobates de cirque. Les jeunes qui ont abandonné la coiffe et se font faire des indéfrisables, n'ont plus à se mettre le coussinet sur la tête pour porter la « coulouère » ! !
Sur un plan ethnographique, cet usage semble spécifiquement orléanais, dans aucune région de France ce mode de transport n'est cité. En Europe, on trouvera au Portugal un tel mode de transport et également en Afrique. A l'époque les « coulouères » olivétaines étaient populaires à Orléans, les « Guêpins » disaient d'elles en riant et avec sympathie : Ah! Ces femmes d'Olivet, ce sont de "fortes têtes" les maris doivent filer doux! ! ...
Les lavandières d’Orléans, se servaient aussi de la Coulouère, pour transporter le linge et leurs outils de travail, car beaucoup avaient a franchir les remparts pour arriver au bord de la Loire, et même certaine pour se faire devaient passer par des échelles, donc il leur faillait avoir les mains libres !
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