La Guerre de 1914-1918, dite "la Grande Guerre"
Par Jack, samedi 11 novembre 2006 à 00:18 :: Histoire :: #169 :: rss
Le 4 août 1914, le tocsin retentit au clocher de l'église d'Olivet, confirmant le pressentiment qui régnait dans la population depuis quelque temps. L’Allemagne, venait de déclarer la guerre à la France et commençait à envahir la Belgique.
La mobilisation générale avait été décrétée le dimanche 2 août. La classe des jeunes gens qui faisaient leur service normal (deux ans à cette époque) partit en première ligne. Les classes précédentes, rapidement équipées, les rejoignirent.
Dans l'ensemble, les partants semblaient joyeux et croyaient en un retour rapide se figurant qu'il s'agissait d'une simple expédition et que nos troupes seraient à Berlin en peu de temps. Depuis la défaite de 1870 qui avait entraîné la perte de l’Alsace et de la Lorraine, un esprit de revanche animait notre jeunesse. En ce début d'août 1914, malgré cet enthousiasme apparent, les mobilisés d'Olivet et leurs épouses avaient un serrement de cœur et une certaine angoisse. Les combats furent durs et meurtriers. Ce que l'on avait cru une simple expédition fut une guerre longue, très longue. Plus de quatre ans! Et même cinq ans pour ceux qui partirent ensuite pour les Balkans et l'Orient. Olivet, sur ses 3800 habitants, perdit 106 jeunes hommes en pleine force de l'âge. Les témoignages écrits démontrent l'âpreté des combats ainsi que la déficience des préparatifs militaires. Ce qui explique le nombre effarant de 41 tués pour Olivet dans les cinq premiers mois de la guerre (août à décembre 1914) contre 22 à 30 par an pour les quatre années suivantes.
L'hôpital temporaire
Plus de 2, millions de soldats français ont été blessés au cours de la Grande Guerre 1914-1918. Les hôpitaux français n'ont pu les accueillir tous. Le service de santé des armées créa de, nombreux hôpitaux complémentaires. L'un d'eux fut installé à Olivet, sous le nom d'hôpital temporaire n 6.l comprenait plusieurs annexes qui étaient réparties dans les écoles. L’orphelinat Sainte-Marie, le patronage Saint Joseph, Le château de Beauvoir, la mairie. Au cours des quatre années de guerre, ces unités de soins ont accueilli 2697 blessés: parmi ces derniers, 41 décédèrent sur place des suites de leurs blessures. La plupart furent inhumés au cimetière d'Olivet. Au château de La Fontaine, l’hôpital annexe n° 4 a accueilli plusieurs centaines de blessés.
Le Monument aux morts
La disparition de 156 enfants d'Olivet avait laissé une profonde empreinte émotive dans la population de la commune. Une partie du cimetière avait été réservée à leur inhumation, ainsi qu'à celle des décédés dans les hôpitaux temporaires et non réclamés par les familles.
Un monument à leur mémoire s'imposait. Dans le cimetière, la place se révéla limitée. On décida son implantation sur une place publique, ce choix étant celui de presque toutes les communes de France. Un terrain fut acheté à l'entrée de la rue Rodolphe Richard, dans le bourg. Mais les familles des disparus trouvèrent ce lieu un peu excentré et trop éloigné du cimetière et de l'église. Une pétition fut recueillie. La place située à l'entrée de la rue de la Vallée fut retenue.
Une croix en fer ouvragé sur socle de pierres taillées et colonne monolithe dut être un peu déplacée pour dégager le noble monument. Dans sa digne sobriété, celui-ci est constitué de trois éléments: un socle de trois marches, une embase, une colonne, le tout quadrangulaire. La deuxième de ces parties comporte les inscriptions et les décorations. Sur la face nord, celle des cérémonies, un bas-relief de bronze sculpté par l'Olivétain Gaston d'Illiers montre un trophée militaire. Deux vers de Victor' Hugo, choisis pour honorer les héros, soulignent cette oeuvre d'art : « Gloire à notre France éternelle. Gloire à ceux qui sont morts pour elle. »
Sur les trois autres faces sont alignés les noms des victimes, complétés par ceux des guerres qui suivirent. Encadrant le monument, quatre petits canons allemands ponctuaient l'ensemble. Ils furent bientôt remplacés par 12 coques de gros obus de l'ennemi vaincu. Des chaînes décoratives les relient en festons élégants. Un projet de coq en bronze surmontant l'édifice fut envisagé mais son coût le fit abandonner. En effet, l'ensemble de l'installation avec le monument en granit des Vosges coûtait 13000 francs et la subvention de l'État s'était limitée à 362,35 francs. Une souscription publique permit de réunir la somme sans recours à l'emprunt.
De vrais Indiens à Olivet pendant la Guerre
Dès le début de la guerre, la Grande Bretagne alliée de la France, des troupes anglaises vinrent sur notre sol A Olivet des unités composées principalement d’Indiens venant des indes ont séjourné à Olivet dès la fin septembre 1914.
Ils furent répartis sur plusieurs campements: aux Groues et aux Aydes pour Orléans. À Cercottes, à La Chapelle Saint-Mesmin, à Saint-Cyr-en-Val. Pour ce dernier qui débordait, par les bois de la Source, sur la commune d'Olivet limitrophe, les troupes rejoignaient sur notre commune, par les routes du Moulin et du Coin Rond, la gare d'Orléans ou les autres camps. D'où l'appellation donnée à la « rue du Camp des Indiens ».
Ces hommes ont laissé une impression sensible dans la mémoire des habitants d'Olivet et surtout des riverains de ces parcours: souvenir de gentillesse de ces hommes un peu perdus parmi cette population dont ils ne connaissaient ni la langue, ni les coutumes. Ils furent accueillis généreusement, amicalement et avec un peu de compassion car chacun pressentait bien qu'ils seraient envoyés très vite en première ligne, sans préparation suffisante à une guerre « moderne » et cruelle, et que la plupart ne reverraient jamais leur pays natal.
Ces soldats coiffés de turbans, circulant en petites charrettes à voie étroite tractées par des mules, avaient des allures insolites. Les plus remarqués furent les « Lanciers du Bengale » avec leurs longues lances! Les usagers de la rue du Moulin de cette époque les évoquaient souvent et rappelaient combien ils encombraient et défonçaient la route non conçue pour ce trafic cent fois plus intense (sinon plus lourd) des véhicules militaires.
Le chemin fut vite transformé en bourbier, car il était désigné à l'époque comme « rue Verte ». Sur ses quelques mètres de large il était marqué par trois rubans parallèles de terre un peu stabilisée. Au milieu le sillon marqué par les sabots du cheval: de chaque côté les traces bien tassées par les roues des charrettes d'exploitants, toutes de même voie. Les véhicules indiens plus étroits dégradaient rapidement les parties des bandes non stabilisées et les pluies ajoutaient leur capacité à tout ramollir. Ces unités étaient dotées de chèvres fournissant lait et viande et se nourrissant de la végétation environnante.
Une coïncidence a fait que la ville d'Orléans se jumelle avec Wichita, ville des États-Unis (Kansas). Celle-ci offrit à sa soeur française la statue moderne d'un indien d'Amérique avec plumes, dont l'installation sur socle fut inaugurée le 7 mai 1975. La surface boisée, longtemps dénommée « le Camp des Indiens » fut acquise pour l'implantation du campus universitaire et d'une partie du quartier de la Source.
Jack, tiré du livre du Passé d’Olivet "Mémoire d’un siècle 1900 – 2000"
Photo: Ferdinand Gilson, le dernier poilu du Loiret décédé à l'âge de 107 ans dans la nuit du samedi 25 février 2006 au dimanche 26 février 2006 à l'hôpital de Gien.
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