Toute ses conquêtes, elle les a connues même très intimement, elle était leur déesse ! Ils l’adoraient et la doraient, en la couvrant de leurs largesses et de bijoux ; elle adorait les perles et les diamants !!! Et ils n’avaient rien à lui refuser ! Elle avait toujours aimé les chevaux, la pratique assidue de quelques protecteurs, lui permit de se doter bientôt d’une écurie d’une soixantaine de pensionnaires. A l’époque, elle faisait et défaisait les modes. On l’épiait, on l’observait sans cesse. On guettait le passage de son attelage, au Bois, qu’elle conduisait elle-même, autour du lac. Et celles qui avaient les ressources de leur ambition de compter parmi les étoiles de la vie parisienne, n’avaient cesse de copier le moindre de mes faits et gestes : ses habits, ses coiffures, son attelage, ses petits poneys alezans !!!…

Mais ! Les beaux jours sont passés. La défaite de Sedan a sonné le début de sa retraite ! Hélas ! disait-elle avec son accent anglais. « Le lioustre d’antan est passé. Et mes protecteurs appartiennent désormais à un autre monde. Jé souis deveniou une Cora sans perles ! »

Ah ! Que de fêtes ont vu ce château ! Beauséjour !!! ». « Que de noms célèbres résonnèrent dans ses murs ! Elle n’y recevait, en grandes pompes, que des hommes ! Pas moins de quinze, en même temps ; point n’était trop pour Cora Pearl !». Que de folies s’y commirent ! Au nom de la galanterie !

Cora Pearl avait des fantaisies et des caprices d’impératrice. Elle attirait dans les mailles de son filet tout homme placé et fortuné et le dépouillait de ses richesses avec un art consommé de la galanterie. On lui passait toutes ses lubies ! Pour s’harmoniser avec sa robe, elle teinta son chien en bleu !!! Un beau jour elle eut le désir de monter sur les planches - sans doute parce qu’une de ses semblables l’avait fait ou en avait le dessein ; il faut savoir qu’une brochette de courtisanes de grand vol se partageaient toute la gente dorée de la capitale et qu’il existait entre elles une compétition de celle qui serait la plus extravagante.

Cora Pearl se produisit donc aux « Bouffes Parisiens » où elle avait choisi d’interpréter une reprise d’« Orphée aux Enfers ». La « lionne » arrivait au théâtre, toute capée, chevauchant un superbe pur-sang d’un noir de jais, assorti à sa pelisse. Accueillie comme une reine à son arrivée, elle gagnait alors les loges où faisant choir son étole, elle n’apparaissait vêtue que de quelques diamants qui faisaient briller de mille éclats sa quasi nudité. Un soir, avant la levée du rideau rouge, deux des diamants officiant de boutons à ses bottines tombant au sol, lui firent dire : « Ce n’est pas la peine de me baisser pour si peu : ce sera pour l’habilleuse ! ». Les couplets de son rôle de Cupidon furent habillés de son accent anglais, ce qui ne manqua de provoquer la raillerie de certains spectateurs ! Puis tout passe, tout lasse ; au bout de quinze jours, cette nouvelle marotte ne l’amusait plus et elle planta là, sans autre forme de procès, les responsables du théâtre ! –« Incroyable ! ». Et elle n’eût pas de problème ? ! Elle jouissait de l’appui des plus grands !

Par contre, au lendemain de la déroute de Sedan, sa bonne étoile pâlit. Ayant perdu ses têtes couronnées, elle bénéficiait alors des largesses du fils Duval, dont le père avait inventé les « bouillons » du même nom. Cora Pearl, pour qui l’argent n’avait pas d’odeur profita largement des libéralités de ce jeune homme prodigue qui s’était follement entiché d’elle à ne plus en avoir toute sa tête. La « grande horizontale » en profita et en abusa, à tel point qu’en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, elle fit « boire le bouillon » à celui, dont le père avait mis des années à amasser des millions ! Buvant le calice jusqu’à la lie, le jeune séducteur se vit interdire le domicile de sa dulcinée. Le Roméo, ne l’entendit pas de cette oreille et vint faire un scandale sur son perron, en menaçant de l’abattre d’un coup de pistolet. Mais décidément pitoyable, l’amant éconduit se blessa ! Et de méchantes langues accusèrent bientôt Cora Pearl d’avoir poussé le jeune homme désespéré, au suicide ! Mensonge !

Néanmoins, cela mit en situation difficile, l’ancienne perle du second empire, qui dut partir s’exiler. Cette défaite contre la Prusse a entraîné la chute de Napoléon III et du second empire, ainsi que l’avènement de la III° République. Cette courtisane, « lionne » du second empire, à qui l’on doit la faillite des fortunes de quelques-uns des noms les plus huppés de la noblesse française, brilla près de 25 ans dans la galaxie de la galanterie parisienne. Passablement ruinée après la déroute de Napoléon III qui lui fit perdre ses protecteurs, son étoile déclina.

Elle réserva un jour une surprise à ses invités en les mettant au défi de pouvoir ou vouloir découper le plat suivant : la belle rousse elle même, nue et entourée d’une garniture de persil sur un plateau d’argent porté par 4 laquais ! Pari gagné ! ... La même Cora Pearl, après avoir ruiné quelques amants célèbres, dut vendre son château de Beauséjour en 1885 et finit même dans la misère et l’oubli ; à tel point que le jour de ses obsèques son cercueil ne fut suivi que par 3 hommes un anglais venu par devoir et un espagnol fidèle sans doute à des souvenirs particuliers et enfin un illustre inconnu un curieux ou un oisif.

Cora Pearl de son vrai nom Emma Cruch acheta ce château en 1875 et le revendit en 1885. Elle a fait graver sur une pierre du perron un vers de l’Eneïde « Parcere subjectis et debellare superbos » (Pitié pour les humbles et guerres aux orgueilleux).

Cette devise avait été gravée en arc de cercle et au milieu de cet arc avait été gravé une tête de cheval.

Jack


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