"Malheureusement, rien ne change chez les pires prédateurs de la liberté de la presse dans le monde. Les journalistes nord-coréens, érythréens, turkmènes, cubains, birmans ou chinois paient de leur vie ou de leur liberté le fait de vouloir nous informer, a déclaré Reporters sans frontières. Ces situations sont extrêmement graves et il est urgent que les dirigeants de ces Etats acceptent la critique et cessent de réprimer systématiquement les médias de la manière la plus violente."

"Chaque année, de nouveaux pays de l'hémisphère Sud gagnent des places et se positionnent devant des Etats européens ou les Etats-Unis. C'est une bonne nouvelle qui prouve, une fois de plus, que même très pauvres, des pays peuvent se montrer particulièrement respectueux de la liberté d'expression. En revanche, la lente mais constante dégradation de la situation aux Etats-Unis, en France et au Japon nous inquiète au plus haut point", a ajouté l'organisation.

Ce sont encore et toujours des pays d'Europe du Nord qui remportent cette course de la liberté d'expression. Aucun cas de censure et, bien entendu, aucune menace ni aucune intimidation ou représaille physique n'a été recensée en Finlande, en Irlande, en Islande et aux Pays-Bas, premiers ex-aequo de ce classement. Les quinze premiers pays du classement sont tous, à l’exception de la Suisse (8e) et de la Norvège (6e), membres de l’Union européenne. Parmi eux, les pays du nord de l’Europe continuent de marcher en tête.

Les Etats-Unis (53e) ont perdu neuf places par rapport à l'an dernier. En 2002, lorsque Reporters sans frontières a établi son premier classement, les Etats-Unis se situaient en 17e position. L’atmosphère s’est nettement détériorée entre la presse et l’administration du président George W. Bush depuis que celle-ci, invoquant la sécurité nationale, tient pour suspect tout journaliste qui remettrait en cause sa "guerre contre le terrorisme". Le zèle de la justice fédérale, qui, à l’inverse de 33 Etats de l’Union, ne reconnaît pas à la presse le privilège du secret des sources, menace même des journalistes dont les enquêtes ne concernent en rien les affaires de terrorisme. Pour avoir refusé de livrer ses archives vidéo, le journaliste indépendant et blogger Josh Wolf a été envoyé en prison. Par ailleurs, la détention sans charge, depuis le 13 juin 2002, du cameraman soudanais d’Al-Jazira, Sami Al-Haj, sur la base militaire de Guantanamo, et celle du photographe d'Associated Press, Bilal Hussein, en Irak, depuis le 12 avril 2006, alourdissent ce bilan.

La France (35e) perd cinq places depuis l'année dernière et vingt-quatre places en cinq ans. La multiplication des perquisitions au sein de médias et des mises en examen de journalistes est un réel sujet de préoccupation pour les organisations professionnelles et les syndicats. Par ailleurs, l'automne 2005 a été particulièrement difficile pour les journalistes français. Plusieurs d'entre eux ont été agressés ou menacés lors du conflit syndical né de la privatisation de la SNCM, en Corse, et pendant les violentes manifestations dans les banlieues françaises, en novembre. Source: communiqué de presse, du 23 octobre, de Reporters sans frontières.
Pour établir ce classement, RSF a demandé aux organisations partenaires, à son réseau de 130 correspondants, à des journalistes, des chercheurs, des juristes et des militants des droits de l'Homme de répondre à 50 questions.

L'image de la France est encore ternie par ce classement et l'écart qui se creuse, très sensiblement depuis cinq ans, avec les démocraties européennes ne fait que renforcer mes craintes. La Mission d’étude sur les conditions des évolutions de la presse dans l’univers du numérique, confiée à Marc Tessier par Renaud Donnedieu de Vabres, le 5 octobre dernier, pourrait constituer un risque supplémentaire destiné à museler les Internautes. La plus grande vigilance est requise.


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