On le sait, le degré de confiance envers le personnel et les institutions politiques est faible: 60% des enquêtés estiment que les élus et les dirigeants politiques sont plutôt corrompus. Un tiers considèrent que le niveau de corruption est plus élevé qu'avant. 77,9% pensent qu'il y a «beaucoup ou assez» de corruption dans le gouvernement, 69,1% à la présidence de la République et 68% chez les députés.

Concernant la sanction de la corruption, les tribunaux sont considérés comme pas assez sévères avec les membres du gouvernement 84,9%, les députés 78,1% et les maires 54,6%.

Mais l'enquête s'efforce de dépasser ces constats alarmistes. En réalité, la réprobation est plus ou moins forte, selon les cas.

Ainsi, les actes de corruption caractérisés sont condamnés à 80%, voire à 90%: un ministre qui fait payer des frais de campagne par une entreprise, un fonctionnaire qui réclame un cadeau ou de l'argent pour son service, un policier qui exige une contrepartie pour faire sauter une contravention...

D'une manière générale, les actes des élus et des fonctionnaires sont jugés plus sévèrement que ceux des citoyens ordinaires.

Ce qui explique, sans doute, pourquoi les «petits arrangements» personnels sont plutôt tolérés: demander une lettre à un élu pour obtenir une place à la crèche est estimé «peu ou pas grave» par 72,3% des enquêtés. «Pour beaucoup de personnes, ce type d'intervention entre dans les compétences de l'élu», analyse Pierre Lascoumes, directeur de l'étude.

Et plus de la moitié ne voit rien de mal à accepter, dans le cadre de son travail, une croisière payée par un client…

Le rapport définit quatre catégories : en arrondissant les pourcentages, 25 % sont « tolérants », 15 % « réalistes fatalistes », 35 % « réalistes inquiets », 25 % « dénonciateurs ». Il précise aussi que ce cheminement suppose que chacun ait intégré la notion d’intérêt général, et montre que ce n’est pas toujours le cas.

Seulement 24,6 % des personnes interrogées condamnent clairement les différentes formes de corruption politique. Des résultats qui traduisent la persistance d'une mentalité clientéliste dans la société française.

Dans la différence d’attitude entre les citoyens, l’âge, le sexe, la situation de famille, la proximité droite/gauche ou la pratique religieuse comptent peu. « Les variables qui produisent le plus d’effets sont le niveau de diplôme, le statut professionnel et le niveau de revenu. Mais, elles n’influent ni systématiquement dans les analyses, ni de façon univoque ». Un niveau d’étude élevé et une insertion professionnelle qualifiée se traduisent souvent par une moindre perception des atteintes à la probité et parfois par un niveau de tolérance plus élevé.

Ce sont les personnes issues des milieux les plus défavorisés qui dénoncent le plus la corruption et affichent leur défiance dans les cadres politiques et institutionnels. En revanche, ce sont les mêmes qui ne trouvent pas que «se faire un peu d'argent au black» constitue une atteinte aux règles de la probité sociale. «La corruption est un des éléments parmi d'autres de la mauvaise image des politiques»

La confiance, vertu et mécanisme fondamental de la démocratie représentative, est devenue rare. Mais la perception de la malhonnêteté supposée des politiques ne conditionnera pas forcément les choix des électeurs en 2007 et en 2008.
En revanche, la France est loin derrière les autres pays d'Europe concernant la corruption ce qui constitue un frein au développement économique et donc à l'emploi. Le pragmatisme nous recommanderait de faire le ménage au nom de la morale mais aussi de notre compétivité.


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