Perte de compétitivité, il est urgent de réagir
Par Pierre Chauveau, mercredi 4 octobre 2006 à 06:42 :: Débats d'actualité :: #124 :: rss
Le Forum économique mondial de Davos place la France loin derrière l'Allemagne et l’Angleterre.
En dehors de toute idéologie, l'exercice, selon ses auteurs, vise à « expliquer pourquoi certains pays réussissent beaucoup mieux que d'autres à améliorer les niveaux de vie et les opportunités pour leurs populations respectives ». La méthode consiste à agréger neuf séries de facteurs, de la qualité des institutions du pays à ses performances d'innovation, en passant par la valeur de ses infrastructures. Outre les données statistiques, sont collectées les opinions de plus de 11 000 chefs d'entreprise. Les résultats sont agrégés pour parvenir au classement (le rapport en Anglais).
Les experts du World Economic Forum, organisateurs du Forum de Davos, s'expliquent longuement sur le cas français. Ils s'attachent à souligner nos qualités : « Le pays bénéficie d'une excellente infrastructure physique et son réseau de transports, son système énergétique et un rôle reconnu de leader en matière d'innovation technologique sont remarquables. »
En revanche, la France perd six places, par rapport au classement 2005, et se retrouve au 18e rang. A sept mois de l’élection présidentielle, les auteurs du rapport estiment que «rien ne s’oppose à ce que la France accède aux dix premières places à plus ou moins brève échéance», à condition d’engager «des réformes politiques».
Parmi les neuf grands critères étudiés, la France «fait fort piètre figure» sur celui de la flexibilité et de l’efficacité du marché du travail, pour lequel les patrons interrogés la classent au 99e rang des 125 pays étudiés.
Il faut de nouvelles règles pour que le dialogue fonctionne mieux entre le gouvernement, les syndicats et les représentants des patrons. Jacques Chirac veut qu'une loi soit votée avant la fin du quinquennat. Il en parlera, mardi 10 octobre prochain, devant le Conseil économique et social.
Et pour ce projet de loi, une place sera impérativement trouvée dans le calendrier déjà surchargé de l'Assemblée nationale afin qu'il soit adopté avant la fin de la session en février. Que prévoit-il ? Eh bien pour éviter autant que faire ce peut des passages en force (façon CPE ), les syndicats et le patronat devraient disposer d'un délai de quinze jours pour dire : "Oui, nous voulons ou nous ne voulons pas discuter d'un sujet". S'ils acceptent, ils devraient disposer d'un délai de trois mois renouvelable pour négocier. Ensuite le gouvernement pourrait reprendre le contenu de l'accord et élaborer une loi.
La procédure pourrait s'appliquer à tous les sujets touchant de près ou de loin le code du travail. Mais certains points restent encore à préciser. Par exemple, les syndicats pourront-ils décider eux-mêmes d'un thème de discussion ? Les syndicats sont en tout cas globalement favorable à ce projet. "Autant accumuler les garanties avant l'élection présidentielle, note l'un d'entre eux. Ensuite, on peut toujours craindre que certains candidats remettent en cause nos nouveaux droits". Un point de vue que partage peut-être le président de la République.
En ce qui concerne la «gestion macro-économique», nous remontons de la 61e à la 56e place, grâce à une baisse du déficit public et «le gouvernement paraît sur la bonne voie», notent les organisateurs du Forum de Davos. Mais le pays n’est que 40e pour la gestion des dépenses publiques et les indicateurs de bureaucratie sont «médiocres».
La France est 27e pour le critère de la corruption, loin derrière les pays d’Europe du Nord.
"La France continue de se bercer d’illusions" sur son problème de corruption et ne se classe pas "en tête des pays vertueux", souligne, dans le Journal du dimanche, la magistrate franco-norvégienne, Eva Joly, qui a instruit l’affaire Elf en France et combat désormais la corruption dans les pays émergents. Revenant sur l’affaire Elf, Mme Joly estime que "le dossier contenait des charges accablantes", puisque "des peines de prison et d’amende significatives ont été prononcées, ce qui est rare en matière financière". "Le dossier n’était donc pas vide, comme certains le disaient avant mon départ pour Oslo. A côté, l’affaire Clearstream (qui a défrayé la chronique ces derniers mois en mettant en cause le plus haut niveau de l’Etat) n’est que l’écume", poursuit-elle. "Pour moi cette page est tournée. J’ai eu la lucidité d’anticiper qu’on ne me ferait pas de cadeau après Elf. Je m’étais fait beaucoup d’ennemis en France", conclut Mme Joly, menacée de mort alors qu’elle instruisait ce dossier.
En 2004, Transparency International classait notre pays au 22e rang loin derrière un certain nombre de nos partenaires. Mais est-ce un hasard ? Le classement montre que les pays les plus corrompus sont ceux où l’interventionnisme étatique est le plus fort.
Concernant les élus qui ne sont pas de simples citoyens, l’indulgence ne devrait pas leur être accordée. En cas de condamnation, l’inéligibilité définitive devrait être la "double peine" obligatoire acceptée par contrat signé avec la République.
Les auteurs du rapport dressent un tableau très préoccupant du système éducatif en remarquant que les taux d’accès à l’enseignement supérieur sont bas au regard des normes internationales avec un taux de 56%, loin derrière la Finlande ou les Etats-Unis. Ils soulèvent aussi «le problème de l’accès équitable aux plus hauts niveaux du système éducatif français pour les minorités». Remarquant que la dépense publique par étudiant par rapport au PIB par habitant s’élève à 29% en France contre 74% au Danemark, le Forum «se pose des questions à propos de l’adéquation du financement de l’enseignement supérieur».
Et pourtant, parmi les dix meilleures écoles de commerce en Europe, sept écoles sont françaises, d'après le classement 2006 des écoles de commerce du « Financial Times » paru lundi 11 septembre. HEC Paris remporte la première place. En revanche, l'Université est le parent pauvre de l'éducation nationale. La France consacre plus d'argent aux Lycéens et plus encore aux classes préparatoires qu'aux étudiants de l'université.
Pour Christine Lagarde, il faut s'en tenir à "la réalité des faits". "Ce n'est quand même pas un hasard si on est régulièrement quatrième pays d'accueil au monde pour les investissements directs étrangers", a-t-elle conclu.
Les rapports se suivent et confirment nos faiblesses qui ne sont pas adressées par l'actuel gouvernement. Nos futurs présidentiables n'abordent pas les sujets de fond et remplacent le débat d'idées par une communication dogmatique.
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