Selon le rapport, le volume des exportations de la France en céréales et en sucre de betterave représenterait déjà l'équivalent de «70 % des besoins annuels d'essence pour les voitures particulières». Quant au réseau de distribution, il serait en place : l'aménagement d'une pompe flex fuel ne coûtera qu'entre 20 000 et 40 000 € en travaux par station-service.

Avec 85 % d'éthanol mélangé à l'essence, le flex fuel est le carburant le plus vert de tous. C'est une façon polie d'imposer aux pétroliers l'ajout d'éthanol dans leur essence. Car, avec la dieselisation du parc automobile français, les raffineries sont déjà en surproduction et les pétroliers préféreraient ne pas mélanger leur essence. En Europe, inutile de rouler aussi vert. La directive de 2003 impose un tout petit 5,75 % de biocarburants dans nos réservoirs d'ici à 2010. La France, elle, imposera ce mélange dès 2008, 7 % en 2010, puis 10 % en 2015... Pour atteindre cet objectif, les agréments fiscaux accordés aux usines ont fortement augmenté. L'essence bio est une façon bien commode d'aider la filière agricole, obligée de s'adapter à la réforme de la politique agricole commune, tout en séduisant les écologistes.

Les doutes de PSA

« Pour obtenir une introduction massive des biocarburants, l'approche de faibles taux de biocarburants sur de grands volumes à la pompe reste la voie la plus efficace et la moins coûteuse », estime le groupe PSA en raison des importants investissements nécessaires pour modifier les moteurs et adapter les circuits de distribution. En juin, PSA avait déjà jugé l'objectif de 5,75% ambitieux et réalisable qu'à condition de faire consommer des biocarburants par l'ensemble du parc automobile existant en utilisant les circuits de distribution actuel.

Vigilance de mise sur le volume des importations

Même si la France a la capacité d'approvisionner le marché national en bioéthanol sans recourir à des importations, le ministre de l'Agriculture a appelé à rester vigilant dans les négociations commerciales à venir. Le but n'est pas selon lui de substituer une dépendance aux énergies fossiles importées à une nouvelle dépendance aux bioénergies importées. En effet, les pétroliers n'écartent pas la possibilité d'importer la matière première du Brésil, par exemple, pour des raisons économiques.

Les réserves des écologistes

En revanche, les écologistes sont encore plus réservés. La candidate écologiste à la présidentielle Corinne Lepage a émis de sérieuses réserves à l'encontre de l'ambition gouvernementale de développer massivement les biocarburants à l'éthanol à raison de 500 "pompes vertes" et cinq constructeurs automobiles impliqués dès l'an prochain. "Je ne suis pas sûre du tout" que "ce biocarburant-là (E85) est le bon", a déclaré Corinne Lepage sur France 2 car "pour le produire il va falloir beaucoup d'eau, il va falloir mettre beaucoup de produits phytosanitaires qui émettent des gaz à effet de serre", a-t-elle expliqué. "Il faut aujourd'hui un peu plus d'un litre de pétrole pour produire un litre d'éthanol, donc ce n'est pas très intéressant", a-t-elle ajouté. "Par contre, il y a d'autres solutions: on pourrait autoriser le monde agricole à utiliser les huiles végétales pour mettre directement dans leurs tracteurs et dans leurs moteurs (...) et surtout utiliser tous les résidus de l'agriculture, je pense aux pailles notamment", a suggéré la présidente de Cap 21. L'impact sur les taxes d'une telle solution ferait-il reculer le gouvernement?

Pour s'affranchir de notre dépendance pétrolière, les biocarburants seront insuffisants. D'après Jean-Marc Jancovici, expert énergétique, la consommation mondiale de biocarburants représente aujourd'hui 15 millions de tonnes équivalent pétrole par an, alors que la consommation mondiale dudit pétrole est de 3 500 millions de tonnes par an. «Les biocarburants sont donc un intéressant problème de politique agricole, mais un élément négligeable d'une politique énergétique», dit-il.

Et, pour l'automobiliste obsédé par l'augmentation du carburant à la pompe, qu'est-ce que ça change? Pas grand-chose. Les faibles mélanges ne seront pas forcément compétitifs, «sauf à partir de 65 dollars le baril», estime Jean-Louis Bal. L'E85 bénéficierait de mesures incitatives (droits de stationnement réduits, exonération totale ou partielle de la taxe sur les cartes grises...), et Thierry Breton nous le promet à 0,80 € le litre. L'automobiliste, quel que soit le prix, devra payer et le citoyen devra s’interroger sur les éventuels impacts sur l’environnement.

Source: Libération


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