Rupture et populisme
Par Pierre Chauveau, vendredi 22 septembre 2006 à 21:51 :: Débats d'actualité :: #112 :: rss
Le débat autour de la lutte contre la délinquance fut particulièrement nourri cette semaine.
Mardi Le Monde publiait une note de Jean-François Cordet, préfet de Seine-Saint-Denis, qui a été suivie d’une attaque en règle de Nicolas Sarkozy contre le laxisme des juges du Tribunal de Bobigny. Ce rapport aurait été révélé par erreur!
Chaque fois que Nicolas Sarkozy a critiqué les juges ou, plus particulièrement, le tribunal de Bobigny, il a créé une polémique et systématiquement, le ministre de l'intérieur a persisté dans ses propos.
Les propos du ministre de l’intérieur ont fait l’objet d’un débat houleux lors de la discussion de la loi sur la délinquance au Sénat. Jean Pierre Sueur a interpellé le gouvernement " Il est très grave que le ministre d'état, numéro deux du gouvernement, déclare que l'institution judiciaire a démissionné... "
A Orléans, le délégué Régional de l'Union Syndicale des Magistrats dénonce " le discours provocateur du ministre ".
Après une journée de crise entre la magistrature et le ministre de l'intérieur, Guy Canivet, le premier président de la Cour de cassation, a été reçu par le Président Chirac qui a "rappelé sa très grande exigence quant au respect de l'indépendance des magistrats et à la nécessaire sérénité qui doit présider à l'exercice de leur mission." Il a adressé aux magistrats "un message de confiance dans leur engagement et leur esprit de responsabilité". Il a également rappelé que "toutes les énergies devaient être mobilisées pour prévenir et sanctionner les violences. Chacun doit y prendre sa part dans un esprit d'unité et de mobilisation."
Un audit du tribunal de Bobigny a été effectué en 2005, il met en relief la sévérité des Magistrats et il démontre qu'à Bobigny, en dépit des difficultés, la justice est loin de démissionner, au contraire : les magistrats y affichent une productivité répressive extraordinaire. Chaque substitut du procureur traite plus de 1 500 dossiers par an, contre moitié moins pour ses collègues de Paris.
Alors que se profile un duel entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy soutenu par les médias, le spectre de Jean Marie Le Pen est toujours là.
Selon un sondage CSA-Le Nouvel Observateur, le leader du FN engrangerait 15% des suffrages au premier tour, si l'élection Présidentielle devait avoir lieu aujourd'hui.
Jean Marie Le Pen n'a jamais été aussi haut dans les enquêtes d'opinion à sept mois du premier tour. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, au coude à coude, recueilleraient 29 et 28% des suffrages.
Patrick Devedjian, le conseiller politique de Nicolas Sarkozy, affirme que "sur le dossier de la justice il importe de faire la démonstration que la gauche ne changera pas davantage les choses que la majorité actuelle. Et puis notre problème c'est toujours d'empêcher Le Pen d'être présent au deuxième tour."
Le candidat à l’Elysée, Nicolas Sarkozy, par son discours simplificateur et agressif tente de brosser les électeurs dans le sens du poil pour construire sa victoire. Rien n'étant laissé au hasard, l’UMP a fait réaliser une étude pour apprécier "après coup" l'impact des mots "Kärcher" et "racaille" employés par le ministre de l'intérieur. Résultat, selon Manuel Aeschlimann, directeur du département opinion publique du parti : "Les gens ont oublié la polémique, et Nicolas a gagné en crédibilité sur l'échelle de l'autoritarisme." "C'est bingo", exulte le député des Hauts-de-Seine, qui précise toutefois : "Mais ce ne sont pas les sondages qui conduisent notre stratégie." La preuve, les déclarations du futur candidat de l’UMP sur la justice renforcent sa crédibilité. Ce n'est pas un plébiscite, mais ça y ressemble : 77 % des Français considèrent que « la justice n’est pas assez sévère avec les jeunes délinquants ».
Cette attitude racoleuse a pour nom "le populisme." Q'en est-il du temps ou Démosthène nous enseignait "qu’il est d’un bon citoyen de préférer les paroles qui sauvent aux paroles qui plaisent..."
De deux choses l’une, soit Nicolas Sarkozy choisit de rester au gouvernement et il s’attaque à la réduction de la violence dans notre pays ce qui implique un discours solidaire, soit il démissionne et il pourra dès lors retrouver la liberté de ton d’un candidat à la candidature. Le mélange des genres, tel qu’il le pratique aujourd’hui, en s’appuyant sur le ministère de l’intérieur à son profit, en rejetant la responsabilité des mauvais résultats de son ministère sur la Justice ne sert pas la France.
Source: Le Monde
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