L’augmentation du temps libre, liée à l’arrivée des 35 heures, se finance par l’accroissement de la productivité, la modération salariale et la réduction de la croissance.

Les conséquences de ce choix ne sont pas anodines et les effets pervers se cumulent. En effet, les gains de productivité éliminent du monde du travail tous ceux qui ne peuvent pas suivre les nouveaux rythmes imposés, par cette réduction, en les rejetant au chômage. La modération salariale a pour conséquence immédiate de freiner l’utilisation du temps dégagé faute de moyens financiers suffisants. La réduction de la croissance engendrée par cette mesure, ajoutée aux gains de productivité réduit la création d’emplois. Si vous ajoutez à tout cela que notre pays est celui ou la carrière effective est la plus courte entre l’arrivée dans la vie active et le départ à la retraite vous obtenez un cocktail détonnant qu’il sera difficile d’occulter encore trop longtemps.

Salaires ou loisirs: des éléments de prospérité évalués différemment
textederemplacementL’analyse des données historiques «UBS Prix et salaires» montre que les Européens ont réduit le temps de travail au profit de plus de temps libre. Les Américains et les Asiatiques au contraire mettent en avant le revenu du travail. Le niveau du salaire et le temps libre définissent la prospérité, mais l’accroissement du temps libre améliore le niveau de prospérité que si le salaire reste suffisamment élevé.

Les années passées, on a toujours souligné la nette différence de performance de croissance en Europe et aux Etats-Unis, et on a apporté à cela les explications les plus diverses. Apparemment, les Européens ont préféré diminuer ces 20 dernières années leur temps de travail et prendre plus de temps libre. Ceci a diminué la croissance économique en Suisse, en Allemagne et en France de 0,3% à 0,5% par an. Face à eux, les employés américains ont pratiquement laissé inchangé leur temps de travail élevé entre 1980 et aujourd’hui. Du moins, l’évolution du temps de travail n’a pas eu de conséquences négatives sur la croissance économique. Les Etats-Unis ont ainsi, en comparaison avec l’Europe, pris moins de temps libre, mais ont obtenu, en revanche, une croissance des revenus plus importante.

Ces faits consolident la thèse largement répandue de l’Européen «paresseux» et de l’Américain travailleur. Ils ne déterminent pas pour autant le niveau de vie. Car une comparaison du temps de travail ne prend pas en compte le fait que le temps libre produit aussi un bénéfice, et doit ainsi, à côté du revenu, être comptabilisée dans une analyse de prospérité économique comme deuxième valeur importante.
textederemplacementEn se fondant sur les données disponibles relatives au coût de la vie, aux salaires nets, ainsi qu’au temps de travail annuel, on peut calculer le rapport du temps libre au revenu pour diverses villes européennes, ainsi que pour les trois villes nord-américaines comprises dans l’étude. Pour cela, nous avons divisé l’Europe en trois groupes:

«Vieille Europe» (Luxembourg, Helsinki, Oslo, Paris, Stockholm, Vienne, Zurich, Milan, Amsterdam, Bruxelles, Copenhague, Düsseldorf/Francfort, Genève)

«Europe du Sud rattrapant son retard» (Athènes, Lisbonne, Madrid)

«Europe anglo-saxonne» (Londres, Dublin)

Tant le groupe des villes constituant la «Vieille Europe» que le groupe «Europe du Sud » ont augmenté le rapport du temps libre par rapport au revenu de travail depuis 1976 d’environ 1,9 à environ 2,3.
Au contraire, les employés dans les trois villes américaines (New York, Los Angeles, Chicago) ont réduit le temps libre au profit d’un revenu du travail supérieur. Le rapport est tombé de 2,2 à environ 1,9. La constatation que nous avons faite au départ selon laquelle les Etats-Unis on connu une forte croissance économique, notamment en raison d’un temps de travail élevé, est ainsi confirmée.

Dans notre vieille Europe, la France reste le pays qui réussi le moins bien à équilibrer les loisirs et le revenu net, la cause ne doit pas être recherchée dans la mise en place des 35 heures mais surtout dans le manque de dialogue social facteur de stagnation. « La France en mal d’Image », hors de nos frontières, doit défendre sa position de second bénéficiaire des investissements étrangers en Europe occidentale. Toutefois, elle souffre d’une image négative dans la perception des décideurs qui préfèrent le Royaume Uni et l’Allemagne. Les avantages traditionnels Français (infrastructures, qualification de la main d’œuvre, productivité, qualité de vie…) se banalisent alors que ses handicaps sur les critères de flexibilité du travail s’accentuent au profit de ses concurrents.

Le gouvernement s’apprête à rencontrer les partenaires sociaux dès la rentrée pour mettre en place une réforme du dialogue social avant 2007. La crise du CPE débouchera peut-être sur des avancées sociales. Le pouvoir est en tout cas décidé à tirer les leçons de la rupture du dialogue qui s'était produite. Il restera dès lors à mettre en chantier les réformes de fond nécessaires au redémarrage de notre pays. Thierry Breton rapelle que la France a été qualifiée "il y a quelques jours par 150 économistes internationaux" de "meilleur élève économique de la zone euro. On n'avait pas entendu cela depuis des années".
Il s'agirait alors soit de flexibiliser le marché du travail au moment où la croissance est de retour, soit inscrire cette flexibilisation dans une politique plus globale que l'on nomme communément "flexsécurité", qui conduit à intégrer un filet de sécurité pour les travailleurs et qui a pour contrepartie soit un relèvement des prélèvements obligatoires, comme c'est le cas dans les pays nordiques, soit un creusement des déficits budgétaires, comme c'est le cas dans les pays anglo-saxons : Etats-Unis et Royaume-Uni.
En revanche, "il faut garder à l'esprit que la super croissance enregistrée au deuxième trimestre pourrait n'être qu'un feu de paille". "La France s'est enfin accrochée au train de la croissance mondiale, mais cette croissance va décélérer dans le sillage des Etats Unis", où le rythme de croissance a été divisé par deux depuis le début de l'année, juge Nicolas Bouzou, économiste du cabinet de prévisions Asterès. Or "la zone Euro suit les Etats-Unis avec environ six mois de décalage", souligne-t-il, se disant "inquiet pour 2007".



Source: Etude "Prix et Salaires" réalisée par UBS


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