Le gouvernement au secours des opérateurs de téléphonie mobile
Par Pierre Chauveau, mardi 8 août 2006 à 21:49 :: Nouvelles Technologies :: #77 :: rss
Le gouvernement qui ne manque pas une occasion de se présenter comme le grand défenseur des consommateurs va avoir bien du mal à justifier sa position sur le roaming (frais d'itinérance d'un portable à l'étranger).
En juillet dernier, après des mois de pression sur les opérateurs, la Commission européenne décide de réguler les tarifs de l'itinérance afin d'alléger la facture de l'abonné. La Commission entend s'attaquer à toutes les composantes tarifaires de l'itinérance. Elle va plafonner les prix de gros que se refacturent entre eux les opérateurs, mais aussi et surtout les prix de détail. Un plafonnement que les opérateurs pensaient éviter. L’objectif, est de faire baisser de 70% les prix du roaming.
Les opérateurs ne pourront pas facturer un prix de détail supérieur de 30% au ce prix de gros: ils gardent donc une marge bénéficiaire importante, mais la Commission espère que la concurrence jouera et fera baisser encore plus les prix.
Autant de décisions qui feront mal aux caisses des opérateurs. Malgré un intense lobbying, ils n'ont pas réussi à faire plier la Commission. Cette limitation du prix des appels pourrait coûter 5 milliards d'euros de profits par an au secteur, selon une étude d'impact réalisée par la Commission. En France, le roaming représente 7% du chiffre d'affaires des opérateurs. Notre pays qui possède une forte vocation touristique aurait tout intérêt à maintenir la situation actuelle pour maintenir les marges de nos pauvres opérateurs de téléphonie mobile.
La France vient d'envoyer une lettre à la commission européenne pour s'opposer à la réglementation des prix de détail des appels passés depuis l'étranger. Dans cette lettre rapportée par le quotidien Les Echos, le gouvernement reconnait la nécessité d'une "intervention communautaire" mais à condition qu'elle apporte "une réponse très proportionnée et être le moins intrusif possible, afin de ne pas enrayer le marché de la concurrence. Elle ne doit pas déstabiliser l'économie du secteur ou aboutir à une sur régulation. Il est également crucial de ne pas désavantager les opérateurs de l'Union par rapport à leurs concurrents extracommunautaires."
Bercy propose donc que la Commission se limite à la réglementation sur les prix de gros avec une procédure d'alerte sur les prix de détail. Pour le gouvernement, l'aspect concurrentiel du marché des opérateurs mobiles fera le reste et aboutira à une baisse des prix pour les consommateurs.
Pour laisser une marge de manœuvre aux industriels du secteur, le ministère des finances avance l'argument de l'autodiscipline avant tout et d'une réglementation uniquement en dernier recours. Or, il n'y a pas si longtemps, SFR, Orange et Bouygues Télécom ont été sanctionnés par l'Autorité de régulation pour entente illicite. Parier que les opérateurs mobiles répercuteront toute la baisse des prix de gros sur leurs clients peut donc sembler quelque peu illusoire.
En revanche, il est vrai que, les résultats économiques dans le secteur des Télécoms se détériorent. Dans l'hexagone, l'évolution du parc de mobiles stagne alors que le revenu par client est en décroissance. Le chiffre d'affaire d'Orange reste en hausse de 9% au premier semestre mais le résultat net est en recul de 24% par rapport à 2005. L'action plonge de 23% au cours du premier semestre 2006 et de 37% sur un an.
La société de bourse CA Chevreux, filiale du Crédit Agricole, s'étonne dans un article paru dans le Figaro du 18 mai dernier du manque d'informations relayées auprès du grand public, des risques sanitaires des ondes liées aux téléphones mobiles. La conclusion de l'article est assez édifiante: "jusqu'à présent, aucun opérateur n'a jamais communiqué sur ces sujets délicats. «La transparence de l'information, c'est la clé», insiste Me Christian Huglo, avocat du cabinet Huglo-Lepage et Associés. «La notion de «risque accepté», qui alerte les utilisateurs sur d'éventuels dangers, devrait être mieux prise en compte», estime l'avocat qui cite en exemple les avertissements sur les paquets de cigarettes auxquels les fabricants ont été contraints et qui réduisent leur responsabilité. Opérateurs et fabricants de terminaux ont peut-être intérêt à ouvrir le débat sur ce sujet qui pourrait, dans quelques années, se transformer en bombe à retardement." Le manque de transparence des "Télécoms" constitue un risque potentiel pour les investisseurs.
Le principal enjeu de la deuxième partie d'année 2006 est le développement des offres convergentes fixe/mobile. La question est de savoir si ces offres vont trouver un marché, et à plus long terme si elles vont permettre aux opérateurs alternatifs fixes de grignoter les revenus des opérateurs mobiles, notamment sur tous les appels passés depuis le domicile ce qui devrait encore réduire les marges de nos opérateurs de téléphonie mobile. Concernant les choix d'investissements des opérateurs historiques, Forrester ne mâche pas ses mots et parle de "suicide financier". Pour répondre aux contraintes du marché Orange va supprimer 17 000 postes d'ici 2008 afin d'accélérer la stratégie d'intégration du groupe.
Vous devrez continuer à utiliser votre mobile avec modération pendant vos vacances à l'étranger et éviter d'être appelé sinon la note risque d'être salée; mais rassurez vous les opérateurs continuerons de dégager des marges substantielles dans la niche de l'itinérance. Merci, Mr Thierry Breton pour votre capacité à défendre les intérêts des consommateurs et des Entreprises qui paient trop cher ce service, mais c'est pour la bonne cause. Tout ne serait pas noir, dans ce monde impitoyable, les appels fixes vers les mobiles devront baisser de 12 % en 2007 ou la baisse des tarifs de gros des SMS qui devrait bénéficier au grand public.
Régulation du roaming : Orange et SFR haussent le ton...
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