Couvre-feu à Orléans
Par Pierre Chauveau, jeudi 18 mai 2006 à 08:50 :: Insécurité et délinquance :: #9 :: rss
Après l'instauration du couvre-feu en novembre sur toute la commune pendant les émeutes des banlieues, puis l'annonce de mesures sociales (à l'image des parents relais rémunérés par la mairie et censés ramener l'ordre dans les cités), Florent Montillot adjoint au maire UMP d'Orléans en charge de la sécurité savourait, les fruits d'un retour au calme. Evoquant grâce à cette politique «des chiffres incroyables» et un «effondrement de la délinquance».
Malgré cela, il est amené à reconduire le 15 février un nouveau couvre-feu jusqu'au 5 mars pour les moins de 16 ans, et à interdire la vente et le transport d'essence aux mineurs jusqu'au 31 mai. Deux mesures qui, cette fois-ci, ciblent uniquement le quartier populaire de la Source. «De nombreux incendies de poubelles et de voitures ont été provoqués en janvier et début février dans ce quartier et il a été signalé à de nombreuses reprises que des mineurs se livraient à un usage détourné de liquide inflammable», a déclaré le maire Serge Grouard dans un communiqué. Des incidents mineurs, aux dires de policiers locaux.
A Orléans, beaucoup ne comprennent pas, qu’ils habitent le quartier ou qu’ils y travaillent. La municipalité cherche à stigmatiser «le 1 % de familles qui pose problème. » Jean-Pierre Sueur, habitant du quartier s'interroge «Si l'on parle d'une quantité aussi négligeable de personnes à problèmes, pourquoi prendre un tel arrêté ? Ce couvre-feu constitue une surenchère ultra sécuritaire qui ne contribue pas à redorer le blason de la Source.» Un avis que partagent les habitants, avec ces mesures qui braquent les jeunes contre les policiers. Ce qu'il faudrait, c'est militer pour l'emploi et occuper les plus jeunes, au lieu de les montrer du doigt.
Pour justifier cet arrêté, les élus avancent un autre argument : «L'accélération du chantier du grand projet de ville (GPV) à la Source dérange une poignée de délinquants.» Une hypothèse que réfute Michel Ricoud, président de la Confédération nationale du logement : «Lorsque l'on augmente les loyers, que l'on enchaîne démolitions sur reconstructions, il ne faut pas s'étonner de certaines réactions. Quant aux vrais délinquants, ils sont trop heureux que l'on oublie leur quartier. Ce n'est pas leur intérêt d'attirer médias et policiers.» Une logique qui semble échapper aux élus orléanais.
Et à la Source, chacun se rappelle les circonstances de leur dernière visite : «Ils sont venus nous voir comme au zoo, dans un bus protégé, des fois que nous, les animaux, ne les agressions !» raconte un habitant.
La municipalité s'est déjà illustrée, entre autres, avec le premier arrêté instituant un couvre-feu pour mineurs de moins de 13 ans, pris dès juin 2001. En revanche, les résultats continuent à se faire attendre, en avril 2006 l'implication des mineurs dans les délits reste au dessus de la moyenne nationale.
Source : Libération
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